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Full text of "La légende de Mar Bassus: martyr persan, suivie de l'histoire de la fondation de son convent à ..."

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HARVARD UNIVERSIÏY. 

LIBRARY OF THK 

Sc mitic D epartment, 

SEVER HALL. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 






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MARTYR PERSAN 

» 

snirie de Mstoire de la Findation de son Gdamt à Aiamée 



d'après un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, 



TEXTE SYRIAQUE, TRADUIT ET ANNOTÉ, 



publié pour la première fois 



PAR 

J. B. CHABOT 

DOCTEUR BN THÂOLOOIB. 



-t* 



■'' PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR, 

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE 
28, RUB BONAPARTB, 28 

1893 




kP/s-;aj^ 






\J 






Louvain. — Typ. Lkfeveri F" à, S'. 



INTRODUCTION 



I 

Vn des plus célèbres couvents de la Syrie fut celui de Ma7* 
Bassus à Apamée, près d'Emèse. Sans avoir joué, dans l'his- 
toire religieuse de l'Orient, un rôle aussi important que le 
fameux monastère de Mar Matthaï, près de Ninive, il eut 
cependant une part considérable dans les luttes religieuses 
qui divisèrent ces contrées principalement au temps des que- 
relles dogmatiques entre les Jacobitcs et les Nestoriens. Tant à 
cause de sa réputation que du nombre de ses religieux, il fut 
l'objet de la convoitise de chacun des deux partis : Tune et 
l'autre secte ne négligea aucun eifort pour attirer dans son sein 
les moines de Mar Bassus. Nous avons encore en partie, la 
correspondance échangée au commencement du vr siècle entre 
le monophysite Jacques de Saroug et ces moines. Cette corres- 
pondance publiée», en 1876, par l'abbé P. Martini) se compose de 
trois Lettres de l'évoque Jacques et d'une Réponse des moines. 
Elle nous montre qu'au temps où ces documents ont été écrits 
(514-518), les religieux de Mar Bassus étaient les partisans 
fanatiques du monophysitisme. Elhî nous apprend également 
qu'à cette même époque le monastère était gouverné par « le 
très religieux et très pieux Mar Lazare, prêtre et archiman- 
drite. » 

Il est aussi fait mention, dans le second des documents que 
nous publions aujourd'hui, d'une lettre adressée aux moines 
de Mar Bassus par le patriarche d'Antioche, Sévère'). Il est 



lî Dans la /eitschrift I). M. (î, Tomo XXX, page il7 et suiv. 

') Le Sévère dont il s*agit est sans nul doute le successeur de Flavicn ; il 
Oiurupa le >ii''go patriarcal pendant six «années (5l8-r)â4)et fut ensuite chassé 
do sa ville. I! mourut en riiô d'après la chronologie de Bar Hébrèus. 
I/aulre patriartîlie irAntioche iiu nicine nom (067-080) est ordinairement 
design** par son patronymique Bar Mas(!hka. Voyez sur le premier Bar 
H«;br. f Vm I m'ron rccles. Vom. I, pag. 18H, 194, il2 (éd. Abbeloos et Laiiiy, 
Louvain. 1877» et sur le second, môme ouvrage pag. !28i-386. 



VI INTRODUCTION 

bien permis de croire que ce personnage, en adressant aux 
religieux du couvent « les éloges qu'ils méritaient «, et en 
recherchant leur communion, ne poursuivait pas un but pure- 
ment spirituel, mais qu'il voulait avant tout s'assurer leur 
appui moral, et peut-être, au besoin, leur concours matériel 
dans les circonstances difficiles au milieu des quelles il vivait. 

Cependant, malgré la réputation et l'importance de ce 
monastère, il ne nous reste point de documents à l'aide desquels 
nous puissions retracer ses annales. Nous ignorerions même sa 
vraie situation, son origine, et jusqu'à l'histoire du héros chré- 
tien qui lui a donné son nom, si elles ne nous étaient révélées 
par un manuscrit syriaque de la Bibliothèque Nationale, le 
seul, parmi les manuscrits actuellement connus en Europe, qui 
contienne quelques renseignements sur Mar Bassus et son célè- 
bre couvent. 

Ce sont ces documents que je publie aujourd'hui dans leur 
texte original avec une traduction française à laquelle j'ai joint 
quelques notes historiques, géographiques et philologiques. 

Le manuscrit qui les renferme est décrit dans le catalogue 
sous le numéro 276. C'est un volume en petit papier (0,21x0, 1 5) 
qui faisait partie de l'ancienne bibliothèque royale où il portait 
le numéro 164. Il se compose de 202 feuillets, y compris un 
feuillet imprimé relié dans ce codex. Sur la reliure exécutée 
récemment on a apposé les mots Varia syriaca, 11 eût été 
difficile de choisir un titre mieux approprié à ce recueil moi- 
tié syriaque moitié arabe qui contient les morceaux les plus 
disparates*). 

Je crois inutile de décrire ici, en détail, les différentes parties 
de ce manuscrit. Je me bornerai à quelques observations sur 
les feuillets qui renferment les documents relatifs à Mar Bassus. 
Ces documents sont au nombre de trois et occupent les folios 
28a-49&. Toute cette partie a été exécutée par la même main, 
dans un bon caractère jacobite. Chaque page renferme de 
vingt à vingt trois lignes. La disposition des lignes est quelque 



1) On y trouve outre les trois documents relatifs à Mar Bassus, un traité 
d'astrologie, un traité des sacrenjents, des prières liturgiques, l'histoire de 
S. Georges, une histoire tirée des Mille et une nuits, diverses notes sur le 
calendrier, la grammaire, la géographie etc.. — Voyez le Catalogue de 
M. Zotenberg, pages 212 et suiv. 



INTRODUCTION VII 

peu négligée. Le scribe s'est cependant appliqué à donner un 
texte correct, et tout mot omis ou mal écrit a été ajouté ou 
corrigé à la marge. Les marges ont aussi reçu des variantes, 
assez rares d'ailleurs, indiquées par Tabréviation ordinaire 

7 (U^^). Elles portent également quatre signes numériques dont 
je parlerai plus bas et quelques courtes notes explicatives que 
je reproduirai en leur lieu. Ces notes, ainsi que les corrections 
et les variantes, sont de la main du copiste. Il n'en est pas de 
môme des longues notes marginales qui se lisent sur les pre- 
miers feuillets. Elles ont été ajoutées par une main postérieure 
et n ont aucun rapport avec le texte qu'elles encadrent. Elles 
sont formées de courts extraits de différents écrivains et prin- 
cipalement de recueils de canons ecclésiastiques*). 

On rencontre quelques rares abrévations. Elles ne portent 
généralement que sur le suffixe ^«o dont les deux dernières 
lettres sont supprimées. D'ailleurs, au point de vue de la cor- 
rection grammaticale, le texte laisse fort peu à désirer. Les 
points diacritiques des verbes sont toujours notés. Dans les 
deux derniers morceaux les signes Ruccacha et Quslaja sont 
indiqués à lencre rouge. La linca occultans est aussi souvent 
marquée. 

(Jn a encore noté quelques voyelles à laide du système nesto- 
rien ; il est rare que le petacha soit omis sur la première radi- 
cale d'un verbe à la forme Pa'el, ou même Ethpa'al. On trouve 
également quelques voyelles grecques. Elles paraissent avoir 
été ajoutées plus tard, et plus d'une fois, contrairement aux 
rendes de la grammaire et de la prosodie. 

Les documents relatifs à Mar Bassus ont été transcrits, 
comme toute la première partie du manuscrit, par un certain 
Joseph, diacre dans le cloitre de Mar Behnam, l'an des Grecs 
1903 (1052 de notre ère), vers le mois de septembre*). 

1) Voici comme exemple la note du folio 30^ : 
)£w^2k2 ^siJLiJ ^OAâJ ligule ^^1^ |]9 Vlk ^1 ♦ ^2u^. ^f^? iJal^ 

-)Ce renself^nement nous est fourni par la clausule de dilïérents mor- 
ceaux du recueil (jui se terminent ainsi : 

Cette note est répétée avec de légères variantes aux folios i3^, âHrt, lOa 



VIII INTRODUCTION 



II. 

Les documents relatifs à Mar Bassus sont au nombre de 
trois. 

Le premier est intitulé : ^ Discours sur le martyr Mar 
Bassus, Suzanne, sa sœur, Mar Etienne et Mar Longin ses 
maîtres, qui furent couronnés dans la vallée de Géhenne. « 

Il est écrit en vers, « sur le rythme de Jacques de Saroug «, 
c'est-à-dire en vers de douze syllabes'). La fin de chaque vers 
est marquée alternativement par un triple point et par le 

signe *, dont les deux points verticaux sont à l'encre rouge. 
On voit à la marge droite du folio 32& un ^ placé verticalement 
et encadré d'un double trait au minium, comme la lettre elle- 
même ; au folio 366 se trouve un 5 et au folio 4 la un v-a. , dis- 
posés de la même manière. Ces trois lettres, dont la valeur 
numérique est respectivement de 100, 200 et 300, indiquent le 
nombre des distiques de ce premier morceau dont la somme 
totale est marquée par les lettres ♦ ys^^ * (371) placées à la 

marge du folio 44a, à droite de la dernière ligne^). 

L'auteur commence par une longue série d'invocations. Il prie 
le Christ de le rendre digne de chanter la gloire de ces mar- 



81a etc.. Les derniers exemples portent la date 1964, d'où je conclus que 
les premiers feuillets ont été écrits à la fin de l'année 1965. 

Sur le monastère de Mar Bohnam, voir Badger, The Nestorians, I, 94. Ce 
couvent parait avoir été aux xvi^ et xvii« siècles un centre intellectuel de 
quelque importance. Nous avons en Europe plusieurs manuscrits de cette 
époque dûs à des scribes qui étaient moines du cloitre de Mar Behnam. 
(Voyez l'Index du Cat. de M. Zotenberg, celui des mss. syriaques d'Oxford 
par P. Smith, et le Cat. Bibl. Vaiicanae d'Assemani, tome lil). 

1) Il n'est point nécessaire d'admettre comme l'ont fait plusieurs auteurs, 
que chaque membre de douze syllabes soit composé de trois vers de quatre 
syllabes. Cette opinion était fondée sur Tautorité de Jos. Al. Assemani qui 
assurait que les Syriens ne connaissaient point de vers de moins de quatre 
syllabes ni de plus de sept {Cod. Uturg. tom. IX. praef. pag. XCV). Les 
publications faites depuis ont démontré que le docte Maronite était dans 
l'erreur. On a trouvé des vers de deux et de trois aussi bien que de huit, 
neuf et dix syllabes. Voyez Zingerle, Beitràge zur syrischen Literatur 
dans la Zeitschrift D. M. 6r. an. 1863; Bickell, Carmina Nisibena. Lip- 
siae, 1866, et P. Martin, De la métrique chez les Syriens, Leipzig, 1879. 

2) Notre msc. n'en contient en réalité que 370. 



INTRODUCTION IX 

tyrs. Ensuite il nous raconte leur histoire dans un récit entre- 
mêlé de pieuses réflexions et qui ne manque ni d'élégance ni 
d'un certain charme poétique. Abouzard, officier supérieur de 
l'armée de Sapor, tenait garnison sur les confins de l'empire 
Romain. Il eut deux enfants jumeaux : un garçon appelé 
Bassus et une fille nommée Suzanne. Pendant que leur père 
était à la cour du roi, un serviteur nommé Etienne instruisit 
secrètement ces enfants dans la religion chrétienne et ils reçurent 
le baptême du prêtre Longin qui vivait en reclus dans la mon- 
tagne voisine. Abouzard à son retour de Perse invita Bassus 
à sacrifier aux idoles. Celui-ci refusa énergiquement. Il s'enfuit 
avec sa sœur Suzanne et son serviteur Etienne près du vieil- 
lard Longin. Leur père les poursuivit dans la montagne, mit 
à mort Etienne et Longin, puis Suzanne et enfin Bassus. Il 
revint ensuite au temple de ses idoles avec lesquelles il fut 
consumé par le feu du ciel. — L'auteur termine par une série 
d'invocations aux saints martyrs et d'acclamations en leur hon- 
neur. 

Le second document raconte « lafondatio^i du grand couvent 
de Mar Bassus à A pâmée, près dEmèse y». Un moine persan 
nommé David, se rendant à Jérusalem, avait pris avec lui une 
relique de Mar Bassus. Il s'arrêta à Emèse chez un riche seigneur 
de la ville, Pierre, fils de Joseph. La femme de celui-ci était 
atteinte d'ophthalmie et fut guérie en priant devant la relique 
de Mar Bassus. Pierre n'avait point d'enfant. Lorsque le moine 
voulut partir pour Jérusalem, il le pria de lui laisser la pré- 
cieuse relique jusqu'au retour et fit serment, s'il lui naissait 
un fils, de bâtir un monastère en l'honneur du saint. Quand 
le moine revint, Pierre était devenu père de deux jumeaux. Il 
tint sa promesse et fit construire près d'Emèse, à Apamée, le 
grand couvent de Mar Bassus, dont David fut le premier abbé. 

— D'après une note marginale il faudrait placer cette fonda- 
tion dans la seconde moitié du cinquième siècle. 

Le troisième morceau contient le « récit d'un prodige v qui 
serait survenu le 8 septembre de l'an des Grecs 1597 (1286). 

— Vil berger étant entré dans le monastère en ruines qui avait 
été construit sur la montagne où Mar Bassus souffrit le martyre, 
retira de Tautel une châsse de bois contenant les reliques du 
saint et la plaça sur un arbre. Le soir venu, une lumière écla- 



X INTRODUCTION 

tante illumina cet arbre et attira l'attention des autres bergers 
de la montagne. Ils prirent la châsse et la portèrent à un 
monastère de Mar Bassus situé à Hidil. — Je n'ai pas besoin 
dïnsister sur le caractère purement fabuleux de ce récit et je 
ne l'insère que pour reproduire au complet ce que la littérature 
syriaque nous a transmis sur notre martyr. 

Telle est l'analyse succincte de ces trois documents qui, 
comme je l'ai dit en commençant, sont les seuls actuellement 
connus qui traitent de Mar Bassus et de son célèbre monastère. 
Dans notre manuscrit, le copiste a fait suivre le dernier de la 
note suivante (fol. 49b) : 



aùé^Lû 9Aû U^^ ^^010 •. V^JJo gViSo , Viêqio i^i^J) 
i^]o ^^iasfo . ^.A^a^ Là] Vl^'a!^. Ij^oio ^ oooi 1U^ Ud>d 

llSOifrOii^ IfiU^ .001^0 ^flnog,ÉlSc ^dialâVo ^oiojftlo ^oiooi^l 

♦ ^4^1 . ^éViSS ^ol;^^ Ua^':^ ^ocTiKi^VAo 

« Ces choses sont en dehors de la grande histoire de Mar 
Bassus. Cette grande histoire fait connaître toute sa vie et son 
œuvre ; le paganisme et l'idolâtrie de ses parents ; comment il 
fut instruit, crut, fut baptisé et mis à mort. Ces prodiges sur- 
vinrent de longues années après sa mort. Et maintenant, priez 
pour l'abbé Laetus*) et pour l'esclave et impur Joseph, diacre 
de nom, mais en fait indigne de ce titre. Priez aussi pour ses 
parents, pour ses frères, pour ses maîtres, pour ses défunts, 
et pour tous les fidèles défunts, dans les deux mondes, pour les 
siècles des siècles. Amen. » ^) 



1) Le copiste a omis ici un o ; il faudrait puvoo. 

2) Ce nom est tout à fait inconnu dans Tonomastique syrienne. Je ne vois 

cependant pas la possibilité de traduire autrement les lettres ^o^. 

D'ailleurs l'existence d'un supérieur d'origine latine dans un couvent de 
Chaldée, n'aurait rien d'extraordinaire au XV1I« siôcle. 
•) Ja ne sais pourquoi le Catalogue des manuscrits syriaques (pag. 215) 



INTRODUCTION XI 

A côté de cette note il y en a une autre dont je parlerai 
bientôt. 

m. 

si maintenant nous nous demandons quelle est l'origine des 
récits que le diacre Joseph nous a transcrits, nous en sommes 
réduits à de simples conjectures. La date du dernier morceau 
seulement pourrait être fixée approximativement, puisque l'au- 
teur, en parlant de la fabuleuse découverte des reliques de Mar 

Bassus, la place «* de son temps n — Ur^] ^-? |j« tia>o — en 
l'an 1286. 

Le second document pourrait à la rigueur être du même 
écrivain ; mais le premier est certainement beaucoup plus 
ancien. Il est d'un style plus élégant et plus soigné, d'une 
recherche poétique beaucoup plus délicate, d'une plus grande 
variété d expressions, il présente enfin un ensemble de carac- 
tères qui ne permettent pas de l'attribuer au même auteur que 
les deux autres et on doit le reporter à une époque où la littéra- 
ture syriaque était encore très florissante, au huitième ou au 
neuvième siècle, semble-t-il. Cela est d'ailleurs confirmé par 
l'absence presque totale de mots grecs usuels dans cette com- 
position. Il est bien certain, cependant, que nous n'avons point 
affaire à un document dont lorigine remonterait jusques vers 
l'époque du martyre de Mar Bassus. Les erreurs chronologiques 
et les notions fausses de l'auteur sur la religion des Perses 
auxquels il prête des idoles sculptées, laissent suflSsamment voir 
que l'écrivain n'a pas craint de faire appel à son imagination 
pour orner son sujet. Au reste, par le seul fait que notre 
histoire est composée « sur le rythme de Jacques de Saroug, » 
elle doit nécessairement être postérieure au vi* siècle*). 

Quant à l'intérêt que présentent ces documents, en dégageant 
le fond de vérité historique qui se cache sous la légende, nous 
y retrouvons les noms de plusieurs personnages qui ne nous 



fait allusion à une Grande Vio inconnue de Mar Bassus, dont nos derniers 
récils ne seraient qu'un extrait. La grande Histoire dont parle Tauteur de 
la note n*est autre chose que le premier des trois documents transcrits 
par lui. 
M Jacques de Saroug est mort le !l9 sept. Sll. 



XII INTRODUCmON 

sont point connus par ailleurs ; ils nous révèlent également 
l'existence de quatre monastères dont on découvrira peut-être 
un jour les ruines ; enfin, le second morceau nous montre com- 
ment se sont fondés ces riches et nombreux couvents de 
rOrient, autrefois si florissants, et dont il reste maintenant à 
peine quelques vestiges. 

IV. 

La note ajoutée au fol. 49&, à côté de celle du diacre Joseph 
reproduite plus haut, présente un intérêt spécial. 

Elle nous fait connaître les noms de cinq grands martyrs de 
la Perse et ceux de leurs parents. 

Bien que nous ne puissions pas discuter complètement la valeur 
historique de cette note, faute d'éléments suffisants, il paraît 
cependant hors de doute que le scribe Ta puisée à des docu- 
ments qu'il avait sous les yeux, au moins pour ce qui regarde 
les noms propres, et elle est en partie justifiée, en ce qui con- 
cerne Mar Saba et Mar Behnam, par les actes (plus ou moins 
authentiques) de ces martyrs. Toutefois, je croirais volontiers 
que le copiste a mis de son propre fonds les dernières réflexions, 
à savoir, que les pères de ces martyrs étaient frères etc. 

Je n'ai pas cru devoir passer ces quelques lignes sous silence, 
attendu qu'elles nous offrent plusieurs noms propres jusqu'ici 
inconnus et qu'elles nous présentent, pour d*autres,des variantes 
orthographiques qu'il peut être intéressant de relever. — En 
voici le texte et la traduction : 

qiV^ si!:^a9 |A«ÉiO 99lar2] ai^êk, ^SQo^sas;^ ^r^? ^^0.^2) 

UX^âA^9 jjLAi^lmA 9i^]o .4bfi| ^i.^9 ^(Tia^) 9aA^ fA91^ . I ^^^ 

^î^ ^oioAaU wâml^a^.ÎMs[9] as] «.âsu^o] . oio^^Ik ^) (jul^i,^^ 
4]]aA^^i:^9 ^<nc.£)) ?i.^J|oi|^90?j . •AoJU^a^ oi^lo . l^iû? 



1) Sic. — ^o^) uA?^M signifie cinq sœurs ; on s'attendrait à lire 



INTRODUCTION XHI 

« Le père de Mar Bossus avait nom Abouzard et sa sœur 
Suzanne. Le père de Mar Aba (s'appelait) Mehir Sapor, et sa 
mère Bastîne, ce qui signifie la Blanche. Le père de Mar 
Behnam (se nommait) Sennachérib , sa sœur Sara, et leur 
mère Chirine, c'est à dire, la Douce. Zamasaf lut le père de 
Pirgousnasp*) qui est Mar Saba, et sa mère (fut) Agousqânous. 
Adourfarouzgerd fut le père de Mar Gaboula. 

Ces cinq pères étaient des princes de la Perse et frères. Tous 
les cinq firent périr de leur main, par le glaive, leurs enfants à 
cause de la foi. 

Que la prière de ceux-ci soit avec nous. Amen. » 

Voici maintenant un commentaire très succint de cette note*). 

Le premier martyr qui y est mentionné, Bassus, dont le nom 

est orthographié ici fautivement ^oQjns avec deux waw, est le 

héros de notre légende. Faut-il voir dans ce vocable le nom 
déjà connu bien antérieurement et illustré par plusieurs per- 
sonnages célèbres chez les Romains ? Évidemment. C est sans 
doute le nom chrétien que notre jeune persan reçut au baptême, 
selon la coutume. Il est vrai que d'après le texte même de notre 
légende ce nom lui aurait été donné dès sa naissance^). Mais je 
dois faire remarquer qu'à cet endroit, et là seulement, le nom est 
orthographié ^^q^é^ avec deux Un, Comme on ajoute aussitôt 
que la fille fui appelée semblahlement ^o^ (= lys), je suis tenté 
de croire que l'auteur a voulu, dans ce passage, accommoder le 
nom de Bassus à une étymologie factice et qu'il a considéré 
^^^^ comme le masculin ou le synonyme de ^aA»*), Le nom 
se rencontre sous les formes ^aaa^) et ^a«|^*). 

I) .rai rétabli le nom ; le msc. porte : /^^^«^ :^ 

-) Je dois adresser ici mes remerciments à M. J. Darmesteter pour Tobli- 
geance avec laquelle il m*a communiqué ses vues au sujet de l'interpréta- 
tion de celte note. Je ne prétends pas toutefois, en remplissant ce devoir, 
appuyer de Tautorité <ie ce savant des conjectures qui me sont personnelles 
et dont il n'accepterait peut-être pas volontiers la paternité. 

«) Voir le texte syriaque, pages 10 et H. 

*) C'est peut-être sur noire légende même que s'est appuyé Eudocbus, 
cité par (teorges Karmsedinayo dans son Lexicon, d'après lequel ^jpojofi 

signifierait fleur : |?>o . I^^^aj» . Uaa . I^aoi . (Voyez P. Smith., Thesaur. 
syr. col. 547). 

^) Constamment dans notre texte ; aussi H. O., t. H, p. 467. 

•) Analect. Nicaen. p. 9. 



Xiy iNTRODUCTION 

Le nom de la sœur de Mar Bassus, Suzanne, ^q^, n*ofEre 
aucune difficulté : il signifie lys, (persan : ^^ yj). Quant au 
nom de son père, Abouzard*), c'est sans doute le môme nom 
que HoflPmann a rencontré sous la forme ^^^os)'), probablement 

une corruption de ?*l*fij, Nébozard, fils ou descendant du dieu 
Nébo. 

L'interprétation du nom de Mar Aba {Pater meus), le second 
des martyrs dont parle la note, ne présente aucune obscurité, 
mais il n'est pas facile de déterminer le personnage dont il 
' s'agit ici. Nous trouvons plusieurs martyrs de ce nom. Il est 
clair que ce n'est pas celui dont parle HotFmann') puisque le 
père de celui-ci s'appelait Adourfarozgerd, nom donné dans 
notre manuscrit au père de Mar Gaboula. Assemani^) men- 
tionne deux martyrs du même nom, mais il vocalise diflFérem- 
ment dans les deux cas : ^) et Js], 

Le nom du père de Mar Aba, Mehir Sapor, est fréquent. On le 
trouve orthographié ^oû^ hac^i, et plus souvent : ^oû^ -^oc^ 

Le nom de Bastîne, )XujLas, donné par notre manuscrit à la 
mère de Mar Aba, est tout à fait inconnu. Cependant Tinter- 
prétation que nous en a laissée le scribe en disant qu'il signifie 
la Blanche (LôjuJI) permet une conjecture. Blanc se dirait spit 
et peut-être aussi spîtîn (zend : spaètini). Le copiste n aurait-il 
point mis bstin pour sbtin ? 

Le troisième martyr, Behnam, porte un nom persan *jL4^> 
composé de au bon et Jj nom ; c'est le synonyme de l'hébreu 
3*ltD"JTD et du grec 'AyaSwvufJioç ou Kaiwvufjio;. 

Le nom du père de Mar Behnam, Sennachérib, et celui de 
sa sœur, Sara, sont des noms bien connus. Quant à celui de sa 
mère Chirine (persan : ^j^^jui), qui signifie la Douce (ïjJLil) 
comme le dit notre texte, il fut porté par la femme de Khos- 
roes Parvis, qui passe pour avoir été chrétienne*). 

Hoffmann a consacré un chapitre spécial à Mar Saba dont 



i) Le nom est vocalisé à plusieurs reprises dans le courant de notre 
légende, tantôt fifosf , tantôt î^^ac) , selon les exigences de la mesure. 

*) Auszûge ans syrischen Ahten persischer màrtyrer^ p. 27, note 208. 

3) Ouvrage cité, pag. 3. 

4) B. C, tom. II. pag. 227 et tom. IIÏ, !" part., pag. 636. 

5) Les Actes de Mar Behnam ont été publiés, en 1891, par P. Bedjan {kcta 
martyrum et sanct., tome II, pages 397-441). 



INTRODUCTION XV 

il est question en quatrième lieu*). Il pense que l'élément Mar 
fait ici partie intégrale du nom propre comme cela arrive dans 
plusieurs autres (Maraba, Maraha etc.) et cette hypothèse est 
justifiée par la leçon \j:m'^ qui se trouve fréquemment ; de sorte 
que dans le composé Pirgousnasp l'élément Saba serait repré- 
senté par Pir*) Quant à goxisnasp c'est un élément qui est fort 
commun dans l'onomastique sassanide. — Hoffmann a lu par- 
tout ^*^w^ . .«> ou i^iAûflOAQ^^ et Bedjan de même ; mais dans 

notre texte le jvd n'existe pas. 

Zamasaf est un nom très usité (persan : v,yyiA^LoU^). On le 
trouve écrit en syriaque tantôt «.ftm:^!^, tantôt «.jjH^i, et aussi 
^Attrfj^^)* Notre scribe écrit fautivement vjuBiiooi e,t ^ nmiv ^ 

Le nom de la mère de Mar Saba, Agousqânous, est inconnu. 
Hoffmann^) Ta trouvé écrit wà^jLa^o^et aussi ^^oxeo^. 

Le nom de Gaboula représente une forme syriaque très 
correcte de la racine Vtl-, façonner, former ; c'est le mot cou- 
ramment employé dans la Bible pour signifier le Créateur, et 
cest aussi par floa^ que la version Simple rend le grec Triaoryïi;, 
figulus, potier. — Cest la première fois qu'il se rencontre comme 
nom propre ; et je n'ai pu trouver nulle part ailleurs même 
une simple mention de ce martyr. 

Son père, Adourfarozgerd porte un nom composé dont la 
première partie Adour {Adar, feu), paraît en tête de beaucoup 
de noms propres, mais le dernier élément farozgerd est incon- 
nu ; peut être faut-il voir dans les premières lettres une cor- 
ruption de yjj divinisation de la gloire royale? — Ce nom est 
donné, comme je lai dit plus haut, au père d'un certain Mar 
Aba et aussi à un frère de Sapor le Grand*). 



1) Ouvrage cité, page 34 et suiv. — Il y a un autre martyr persan du 
même nom, dont les Actes ont été publiés par Bedjaû (ouv. cit., pag. 635-6S0). 

Celui-ci s'appelait ^^p^o^son père ^hau^ et sa mère «.▲a3^^ Sa nourrice 

portait le nom de ;'^-^ ^^ qui doit être identique à celui de notre mar- 
tyr, quant à sa signiflcation. Voir aussi Hoffmann, pag. 22. 

S) Voyez ouvrage cité, pag. 28, note 186, et pag. 294. 

S) Voir sur ce nom la note de Hoffmann, page 24, n. 173. 

«) Môme ouvrage, page 25. 

^) Hoffmann, ouvr. cité, page 3, et page 24, note 174. 



XVI INTRODUCTION 



V. 



Un mot maintenant sur les principes dont je me suis inspiré 
en faisant la présente publication. 

Je me suis avant tout appliqué à reproduire le texte aussi 
fidèlement que possible, tel qu'il se présente dans le manuscrit 
mais j'ai dû faire aux exigences de la typographie le sacrifice 
de la plupart des points diacritiques et j ai supprimé bon nombre 
de voyelles grecques, surtout lorsqu'elles étaient en contradic- 
tion avec la mesure ; j'ai indiqué soigneusement en note les 
corrections qui paraissaient s'imposer dans le texte et j ai cru 
bon de distinguer les vers en n'en plaçant qu'un seul sur chaque 
ligne, tout en observant, autant que possible, la ponctuation du 
manuscrit. Je dois réclamer particulièremene l'indulgence du 
lecteur pour la transcription de quelques noms propres, que 
je n'ai pu donner, faute des caractères nécessaires, selon les 
règles habituelles. 

En ce qui concerne la traduction, je me suis eflforcé de 
rendre très exactement le texte que j'avais entre les mains. 
Le génie de notre langue si diflFérent de celui de l'idiome 
syriaque ne m'a pas permis de le faire aussi littéralement que 
je l'eusse désiré. Les répétitions, les changements de personne, 
les brusques transitions du discours direct au discours indirect, 
les phrases redondantes, les jeux de mots, qui passent chez 
nous pour des défauts de style, constituent l'élégance et les 
ressources de la poésie dans les dialectes sémitiques. En pré- 
sence de certaines difficultés je n'ai point hésité à sacrifier 
l'élégance à la fidélité. 

J'espère que le public, tenant compte de la bonne volonté 
de l'auteur, sera indulgent pour les fautes ou les inexactitudes 
qui peuvent encore se rencontrer dans cet ouvrage. 

Je ne puis terminer sans exprimer ici mes remerciments aux 
personnes qui m'ont prêté leur concours pour cette publication 
et tout spécialement au savant éditeur de Bar Bahlul, Monsieur 
Rubens Duval, dont les précieux conseils m'ont été d'un grand 
secours, et qui a bien voulu, de plus, s'imposer le fastidieux 
labeur de revoir les épreuves de mon opuscule. 



LA LEGENDE DE MAR BASSUS 



I 



• «I^attO ajJ^ )99ttf %i^9 l|ftfjV ^IaoAc )oi^9 iVlàO 



^l^Ld9 tlnSV t onnSâ ^j^? t^Alg) ♦ )jnA^9 i^^r^ a^^^]» 



s lu) ^. ^ )ooi 9?Aa)9 La9 UoiclJ 
4. ^ginfiiS] ^ ^i^ikdl^ ^9<nJo U^iLo <-^?o 

(Cod. fol. 286.) , Uoj^Aâ? U^^ii^ !! <U?ÎO . jVSSS uiâJo 

«> 0001 _àlnf)yS <aoi09lâ )o9i «.âjsLA )A^a«»^ \j^o 

% Oil2^ ^2la)o U1S1OO9 AjftÀ^9 lû9 ^S^AJ 
.£90^ ^ ^-.^^l AâO . U<n. Ua^ 



« Oti 



Au nom de Dieu nous transcrivons le discours sur le martyr 
Mar Bas sus, Suzanne, sa sœur, Mar Etienne et Mar Longin 
ses maîtres, qui furent couronnés dans la vallée de Oéhenne. — 
{Sur le rythme de Mar Jacques le Docteur de Batna-Saroug). 

Grande lumière, envoyée d'auprès du Père, qui as lui sur la terre 
et illuminé Tunivers de tes rayons ; 

Splendeur du Père qui habitas dans le sein de la Bienheureuse 
(Vierge) et vins sur la terre chasser les ténèbres de TidolÂtrie ; 

Rejeton de vie qui fus enfanté par la Fille de David et, sur le 
Golgoth^, donna tes fruits à ceux qui avaient faim ; 

Source abondante ouverte par la lance, à laquelle le peuple altéré 
s'est abreuvé et dans laquelle il a étanché sa soif ; 

i 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



-^ 



• - •• 



•• tiWr) oâl] 01^ "-^r^? U^ U^? 
.• oiA^ÉH^ ^.^▲j jVnV Pjc Ua9 Ij^} 

<> (nXj^C WI^J jLfllA^ wA^9 V^c ,J^d9 Umb^9 

«^ )Aa^ >d^ La0 ..^9 oi^oj^oaAo 

/ l]a^ >0|^ <ni.É.AJ ^Aâ9 U)9 L^U 

<• M Aaû ^ U^o^ ^nnwl |Lm9 Pm 

•• )Aâ.Oi^ V^ OIÀa «aa]9 |Ju^? \JS 
«^ .aOIO^. 04^)o lA:^^^ %.6 \9uD0 «Alpo 

I - f 

Premier Martyr dont le sang fut versé sur la croix d'ignomi- 
nie et qui tuas la mort qui avait tué notre père Adam ; 

Hostie vivante qui t'immolas au Père caché, et par laquelle le 
troupeau (des créatures) raisonnables fut délivré de la captivité ; 

Agneau pur et sans tache qui pris sur toi pour Teffacer le péché 
du monde que tu as sanctifié et purifié sur le sommet de la croix ; 

Victime agréable*) qui t'es offerte toi-même en sacrifice à ton 
Père, et par ton sacerdoce as réconcilié le Père avec les créatures ; 

Porte spacieuse qui t'es ouverte spontanément devant ceux qui 
entrent, afin quTls prennent sans crainte les richesses de la maison 
paternelle ; 

Soleil radieux qui as chassé en tous lieux les ténèbres et dissipé 
dans les âmes la tristesse de la mort ; 

Symbole de paix qui t'es exalté sur le Golgotha et qui as réuni 
et rassemblé auprès de toi toutes les nations ; 



A la lettre : ionureau gras. Allusion aux victimes de l'Ancien Tes- 
tament. 



LA LÉGENDE DE MAR BASStJS 



% ovJA^ mAmSûe j^nViS oi^?? Iû9 |nS^ 

(Fol. 30a.) ^ )*{, ^ooi^a^ )o^ >aA^; oin || J^aq!^ oiLâ^o 

% cm ij^À^ ^ oiAfti ^âXBi^ )i^A^ r^ 

«» >aA9^AJ ^JL4é9 (ti^jU ^jj^o t )ooi )U^A^ 



Grand Roi qui as foule aux pieds la mort, as renverse sa cou- 
ronne, détruit, dissous et rendu désisoire son empire ; 

Chasseur intrépide qui t'élevas de la région des morts, sauvas et 
fis sortir les captifs que la mort tenait emprisonnés ; 

Belliqueux soldat qui donnas la victoire à Thumanitë et humilias 
le diable qui opprimait toutes les générations ; 

Fils du Riche qui, étant riche toi-même, t'appauvris volontaire- 
ment et, pour donner tes biens aux pauvres, vécus dans le besoin ; 

Fils éternel qui, sur ton char, resplendissais de gloire dans le 
sein du Père, et t'es anéanti toi-même pour nous élever ; 

Éternel qui pris naissance dans le temps d'une fille du temps 
afin de faire des (créatures) temporelles les enfants de l'Éternel ; 

Océan immense dont les flots de miséricorde sont incommeusura- 
blés ; 

Le manuscrit porte ^ol^V:^ Ijz^jumJ, mais cette phrase n'offre pas 

un sens bien correct et le vers exige une syllabe de plus : j'ai substitué le 

mot >A^^ ^1? aux mots ol^ V^, parce qu'il a le double avantage de satis- 

Dûre aux exigences de la versification et de s'adapter au sens du contexte, 
t) Philip. II, 7, selon la version Simple (éairtov ixivùnfn). 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•» ^ r^lh fdcoi) lio^l U^ .j^âoio 
% UjJ 4^î.£) ^ IaJ) Iooi^ Ifi); mÀ^^ 
%^ lAl:^ ^ i^wà^? U.É.IL0 lo.oiJ UjJ^ IflO^ 40 
.. lAl:^ )Al:^A oL "^wLoU \L^^ .éHi^m 

1^)9 iU]c . nnS'i» o] f^)) o^ 

% ^flU?r^ ^ f^^^i ULà^ |.2ÛD^ w£)OI 

♦ ym ii V l ilo frfi^? oij^oL^ As. .colûc 



Trésor sublime, jamais amoindri par ceux qui y puisent ; 

Je t'en prie, Seigneur, répands sur moi tes miséricordes et donne- 
moi une petite parcelle de ton souffle aân que je te célèbre. 

Verbe du Père, fait homme de la fille de l'homme, afin de ren- 
dre la parole au genre humain privé de la parole (divine), donne 
moi la parole pour que je t'exprime par la parole, toi qui es la 
Parole (le Verbe), car ce n'est que par le Verbe que Fou peut 
parler du Verbe*). 

Ce n'est pas pour définir, sonder et scruter ta Divinité que j'ai 
tenté de prendre la parole, comme tu le sais. Ton amour m'a aiguil- 
lonné (en me disant :) ne méprise pas la vérité pour les louanges. 

Je tresserai une couronne par laquelle ton saint nom sera glo- 
rifié : envoie-moi de ton paradis les fleurs variées de ton amour. 
Ornes-en le discours de ton serviteur, et il ne sera point un objet 
de dérision. 



1) Il est impossible d'exprimer correctement en français le jeu de mots 
que Tauteur fait avec )£wl^2tf (verbum) et ses dérivés employés dix fois dans 
ces deux distiques. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



♦ 1^0? ^i^ ^ )ooi >a^^)o . )t^ ^.aqXo 50 

♦ (TLO .QI09AJ9 U^r^ )99U&^ Im90] ^Jb99C 

^ >qlaoi9 L^oj^ "^(wal^ ll^Jo "^90)0 60 
•s. l^a^UA^â '^'^S^ oi^r^ U^nVi^ o^p. 






Fils de Dieu qui t'es abaisse à notre petitesse, t'es revêtu de chair, 
as pris un corps de la Fille de David ; qui as souffert les douleurs, 
les fouets cruels des pervers ; qui as supporté les crachats et les 
soufflets de la part des Juifs ; qui as opéré des miracles, des guéri- 
sons, toute sorte de prodiges, et as accompli dans le monde l'œuvre 
de la Rédemption ; qui, dans ton amour, t'immolas toi-même pour 
nous et as tracé la route aux martyrs bénis afin qu'ils marchassent à 
ta suite ; dispensateur et distributeur de tous les biens, enrichis ma 
lyre de tes dons vivifiants pour que je proclame et raconte l'histoire 
de Bassus le martyr béni, que je le fasse connaître et que je le révèle 
à quiconque professe la foi. 

Écoutez avec soin, auditeurs, l'histoire de cet élu. Soyez attentifs 
et voyez-en avec complaisance la beauté resplendissante. Son histoire 
est un sujet d'admiration et pour ceux qui la racontent et pour ceux 



^ LA I^BNBE DE MAR BA88DS 



r r 



. )A^^9 o(n U^P )]^o «£U9i? Moi 
♦ aC^fO ^i^9 loi Ua:^ U^^^ ^90)9 70 
•• looi ^aoJ) ^0^9 Utfo^o 190U9 Moi 
♦ oiiLo ^0190 • oij^ AViiiiO )ooi ^Aa]o 

• U9a-i^ _^ oiéio^é\û \^9LS0 Ma 

. JVj,â) la^le? ilM^ï _^ ^aoA«i aa]o 75 
(Fol. 50a.) ^ oiA .a2â.aiAAJ9 l^a^o^ || wd) ^^£) 001 )90i9 



qui récoutent ; elle ne peut être définie ni par ceux qui sont près, 
ni par ceux qui sont éloignés. 

Celui qui a abandonné la maison de ses pères et son royaume, 
qui a renié et délaissé sa famille, ses parents, sa fortune ; celui qui a 
méprisé Tidolâtrie et le Magisme et, sans craindre le feu ni le 
glaive, a adoré la croix ; celui qui a regardé et aperçu le lieu de 
repos dont le Roi a fait hériter le peuple immense qu'il a délivré 
par son sang ; ce martyr qui contempla la hauteur céleste, fut 
transporté de lamour de Notre-Seigneur et courut à sa suite ; ce 
martyr, dès lorigine, naquit dans la région appelée Beth Zabdé*). 

Son père était un des oflSciers du roi de Perse ; il vint habiter 
dans la région bénie des bords du Tigre. 

Mais le moment est venu de raconter publiquement son histoire, 
dans laquelle mes auditeurs désirent se délecter. 



1) Beth Zabdé désigne une région (Zabdicène) ; mais c'est aussi le nom 
de la capitale située sur le Tigre au nord de Mossul en face de Gozarte ou 
Al-Djezireh d'Omar, avec laquelle on Ta même identifiée. 



LA LÉGENDE DE MAR BA8SUS 



♦ ^jjp; ).d9 La^lto io.£^i A^j^o ^^ÉSnà,o 80 
% ^01 Ijé^ ^â^ I^o^aÂkSo' l^a^o^ ^ 

•. Uiàlf^? )^r^ \fMa ^|^<n )o(n À^l 85 

. oO^ fli^o ^o^^ U^Lo ]n^ %.^c 
« oCtfos jSnâSn U?au^o )w^99 \L2 90 



L*an six cent quatre-vingt dix-neuf des Macédoniens, la soixante- 
seizième de Sapor le Grand, roi de Perse^), le Magisme et Tidolâtrie 
triomphaient avec les idoles et les statues sculptées, œuvres des 
mains (de Thomme)'). C'était principalement en Orient et dans la 
région de la Perse que le Magisme avait dressé la tête et s'enor- 
gueillissait. 

Il y avait alors, dans une ville de l'Orient, un homme célèbre, 
jouissant d'un grand renom chez les Perses, que ceux de sa tribu et 
de sa religion écoutaient, et qui les surpassait tous en cruauté. Sa 
bouche prononçait des paroles de colère et de blasphème contre Dieu, 



On admet généralement que Sapor II, le Orand, naquit le 5 septembre 
309. Il fat proclamé roi dès sa naissance et mourut vers la fin de l'été 379 
après un règne d'environ soixante-dix ans. L'auteur se trompe évidemment 
en parlant de la soixante-seizième année de Sapor qui tomberait effective- 
ment Tan 699 des Grecs, commençant le l^' octobre 387 de notre ère. — 
Les événements auquels Tauteur fait allusion dans ce début sont trop peu 
précis pour qu'on puisse déterminer, & Taide des historiens, de quelles cir- 
constances il a voulu parler. 

S) L*auteur, en prêtant aux Perses des idoles et des statues, montre bien 
son ignorance de leur religion. Ils adoraient le feu et les astres mais 
n'avaient point de statues. 



8 LA LÉGENDE DE MAR ÇASSUS 



•• UoV^Lfi )âl^ 9CLÛjC )oOI ;S^| y^ 

•. U'^ ^ Uuv n^ Zlé^> l^fiLà. Lp^o 95 
[Iaoj ^* ♦ lA-àJtô Vfij *Uo?i ^1 •ûJL^ ^ooOico 100 

(Fol. m.) .. isi^ iciû^ v^o i^o^ Hio n U:k u^^ 

♦ ]ooi ^1S4^] Iéhé éV? bûJ^ om ^ 

le roi Jésus, et tout son troupeau. Abouzard était le nom de Thomme 
doDt je viens de parler. Il était orgueilleux et se glorifiait au- 
dessus de la multitude. Le roi Sapor régnait alors en ces régions. 
Il rassembla ses troupes et sortit pour aller combattre les Romains. 
Il s empara de captifs sans nombre parmi les chrétiens et les fit con- 
duire en captivité dans son territoire. Les loups, (c es(-à-dire) les 
Mages de la Perse, tombaient alors sur les brebis du Fils (de 
Dieu) et, sans pitié, les mettaient cruellement en pièces. Aux 
uns ils brisaient les membres, sans qu'ils eussent commis de faute ; 
ils torturaient les autres comme s'ils étaient les fauteurs de tous 
les vices. Ils en firent descendre d'autres dans la terre et les enfoui- 
rent vivants. Ils en envoyèrent et firent conduire en Perse enchaî- 
nés. — En un seul jour, le roi Sapor massacra neuf raille d'entre 
ceux qui portaient le nom de chrétiens. Des femmes et des hommes, 
des jeunes gens et des vieillards, même des enfants, furent couron- 
nés (de gloire) et obtinrent la palme du martyre. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 9 



s Uo^i U^i }a^1« 9aja^ ]ooi9 yAâo 
^ l^^a^tnAâ Ur^l ^^^o U^'^^^^ A^^ 

% U^09 A^iD) 1^0 c^^ qi.Sn^ r^r^ looiJ) 

♦ ^^1 AaA^c U-^r^ AaO^ ^lU? oi9|.^o 



Sapor après être demeuré quelque temps en repos dans le Beth 
'arabàyé*) et le Beth Zabdé fut appelé, par un messager, à retourner 
en Perse. 

Il confia le gouvernement de Nisibe') et de ses dépendances à 
son frère avec ordre de surveiller toute la frontière de lerapire 
romain et de maintenir soigneusement la paix entre les peuples. 
Celui-ci ordonna à Abouzard de se rendre dans le Beth 'arabâyé 



») Le Beth 'arabâyé (province des Arabes) est l'ancien nom de la région 
appelée ensuite Tour *abdin {montagne des serviteurs ou des moines) 
lorsque ce plateau eut été couvert de monastères. Cette région située au 
nord-est de la Mésopotamie, près de Mardin, et appelée aujourd'hui 
JJ(jehel-Tur ou 7Vr-Da^7i,ooraprend environ cent cinquante villages habités 
par les Jacobites et répartis en trois diocèses. On y voit encore les ruines 
de plusieurs des anciens couvents dont le nombre s'éleva jusqu'à cin- 
quante. Voyez Assemani, Diss. de Monoph,, p. 116. Ritter, Erdkunde^ 
West-Asien, fX-XI Theil. Badger, The Nestorians and their Rituals, 
tom. (, c. 6. — Assemani avait tout d'abord donné leur vraie signification 

aux mots U^r^ ^"^^ [Bibl. Or., 1. 1, pag. 539) ; il est revenu à tort sur sa 
première opinion <lans le tome IV de ce même ouvrage où il écrit (p. 307) 
que ce nom : « non regionem aut populos indicat sed oppidum quoddarn 
apud Nisibîn. » 

«) Nisibe a joué, comme on le sait, un rôle prépondérant dans les guerres 
entre les Perses et les Romains. Elle fut cédée aux Perses en 363. par Jovi- 
nien, et les Romains ne rentrèrent plus en suite en possession de cette ville. 

3 



10 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



^ • • • 

^ ioâJb} ^oiOiii) . ftmiV] ooi Lis? {Jk^LjLC 
% ^éfO} A i nn ; Ij^^^iALO ^•jA'^n L^^^ ^>^® 

♦ l^fAOi)^ bon^A^ ^\ i^ looiJj 120 

s IJCLigOiSn ]9flLO ]OOI? Ua] 9^LOO 

♦ U^j^ t^^iiO M^ Ulû n^ ^^) 
/ loi )0|Ui ?^]|QAf ^nû looi ^1^0 
♦ )AfiSV> Lé^9 )^S*^o ]91m^ UA aV» |.s^o 
•. .,1^0 40 iViàO (»^a^ ^ U^^ 0^0 125 

et le Beth Zabdé. Ayant reçu cet ordre de Zamasaf ), Abouzard se 
mit en route, parcourut le pays et fat très satisfait. Ce Mobed*) 
établit sa résidence d'hiver dans les faubourgs qu'avait construits 
Zamasaf, frère de Sapor, et sa résidence d'été à Pirrin, château 
fort dans le Beth Zabdé, afin de pouvoir surveiller les frontières 
avec vigilance. 

Abouzard exerçait depuis quelque temps ce commandement 
lorsqu'il lui naquit, d'une seule couche, deux enfants jumeaux. Il 
en fut transporté de joie. Il donna un festin aux nobles et aux 
guerriers du royaume. On appela le garçon, dès sa naissance, du 
nom de Bassus') et aussi la fille semblablement, selon la coutume. 



1) Sur ce nom, voyez Vlntrodtœtion, page xv. 

*^ l^oio^. — Ce mot persan Joyc Mobed^ (que Vullers dérive de i yo 

feu et Ju seigneur) désigne un préfet, autrefois satrape. Il semble cepen- 
dant que oe titre ait été réservé à un fonctionnaire appartenant à la caste 
des Mages et exerçant en même temps des fonctions religieuses. Voyez les 
autorités citées par Abbeloos, Acta S, Maris, pag. 34-35, note. 

8) Le mot est ici orthographié ^^oaa. Je le traduis par Bassus pour 
conserver le sens. Mais j'ai expliqué dans V Introduction (page xiii) com- 
ment je comprenais ce mot. 



LÀ LÉGENDE DE MAR BASSUS 11 



(Fol. Ma.) ^ l^^ ^\ l^ ]i]^ m^ Il ^(nooCoj: 

^ ]9^ Tf^^^*^ U^oâA? >a^ I^LlAOA 130 

* • • 

Uâ^ ^ 1^ lÀAâ^ 1r^^ ^? «001^ ]ooi Aa) 135 

V V o 

♦ «^qXsL^I nViSVin oA^) oCo^o 



A cause de Tamour paternel qui ne connaissait point de limites, 
on surnomma encore le fils, fruit désire, Fleur (Abobo), et la fille 
remarquable par ses charmes divins, Ghoucbaneta, ce qui signifie 
Lys miraculeux*). 

Après avoir grandi sous la discipline paternelle, ils parvinrent 
à Tàge de quatre ans et cinq mois. Ou les mit à étudier la doctrine 
du Magisme. Ils étaient devenus particulièrement cbers à leur 
maître. Or, ils avaient à la maison pour serviteur un captif origi- 
naire de TArzanène*), qui avait été emmené en captivité par les 
Perses. C'était un homme solidement éprouvé dans la foi. Il avait 



') R^w. w — Ce mot signifie simplement lys. L*épithôte est ajoutée par 

le scribe sans motif apparent. L'usage de donner des noms semblables est 
très commun chez les Perses. 

t) L*Arzanène, province de l'Arménie, sur les confins de la Mésopotamie, 
fut le théâtre de nombreux combats dans les guerres Perses. Cette région 
située aux pieds du versant méridionnal des monts Taurus est remarquable 
par sa fertilité. Le médecin Bochtjésus vante la terre d*Arzanéne comme 
un remède contre la gravelle. (V. le Lexiqtie de Bar Bahlul^ éd. Duval, 
fasc. ï, col. 287, 7). 



12 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 

•^ ^oenofi) ^^ ai^ «.dot^ JJ9 U|«oad ^a] 140 

< ^Qj) V:^) >CUi^ iiO 0019 Al^ ^a^o 

*. Ur^? 9i^9oi.A ^aJ] ^ %AA ^^^Vt^^'jÉ^ 

♦ Uoi..^ia^ IJ^ ^ll9 ^oJl .âlko 150 
(Fol. 316.) .. ^^^ ^sl II ^fl^v ^o«.a::^^. lovX ^fli^ 



reçu au baptême le nom d'Etienne. Son office était de rester près 
de ces enfants chéris*) pour les servir selon l'ordre qu'il avait reçu 
de leur père. Or, ils avaient déjà appris un peu la doctrine du 
Magisrae, mais Etienne les détourna de cette étude. Il leur dit : 
« Écoutez, maintenant, ce que je vous dis et quittez^) l'erreur à 
laquelle vous êtes attachés », et il récita devant eux le symbole de 
la foi orthodoxe des trois cent dix-huit Pères^). Il dirigea ces 
agneaux, les convertit de l'erreur et les fit entrer dans le troupeau 
du Fils de Marie. Il les perfectionna en science dans la voie du Sei- 
gneur et leur enseigna complètement les mystères de l'Église. Dieu 
répandit sur eux ses miséricordes et sa grâce et ils furent éclairés 



i) Le manuscrit porte Va^-, faute évidente pour ^^!k.ajL. 

2) Litt. : Ils V avaient mis avec eux. 

3) Litt. : Lâchez la main, 

4) C'est ainsi que les Syriens désignent le symbole de Nicée. Cependant 
le nombre des Pères qui furent présents au concile n'est pas absolument 
certain. Eusèbe {Yita Constantini Lib. III) dit qu'ils étaient « plus de deux 
cent cinquante » et Socrate (Hist. Eccl. Lib. I. cap. 8) « plus de trois cents » ; 
ce même historien donne un peu plus bas le chiffre de trois cent dix-huit qui 
fut généralement accepté, par la suite, sur son autorité. 



LA LÉOBNDE DR MAR BASSUS 13 



« l^^Guo ^fi^? \\\'^ ^qi^no 0001 099iJ^)o 

.. oocn ^jH^cnA^ lAxl^^Uo P^ AXoao 155 
•• UÎaÀ.^ )9(n^o iJo^^A 0001 ^^âléSnlo 

.• j^a^0{^9 j^^Oj-A^JO U^9 UiOO^ 

♦ >CL^^9 U^] ^a^â^f 0001 ,^ÉntnV)o 

\ a^î.£)J^) 3UD0 1^1-^9 OLAOJiâ 0001 a^J99 giAd 
•> t<^9Q-09 U^Of^ MU^ ^COl39 «.AO^ 0001 ^JQ^O 160 

<• Aa|Xm09 0001 o^^M^) IÂ|1Lo >a^o 
K tlA^g^ .oi!^ 01^ 



loio 



% .ootÉ^n|00 .otn^oL^^i^o »a01io)o j ^^^ 165 



sur tous les mystères de la sainte Eglise. Au lieu des paroles des 
incantations et du Magisme, il leur apprit les chants du fils d*Isaï*). 
Ils méditaient les paroles vivifiantes et ils étaient constamment 
(appliqués) aux oraisons et aux veilles |)rolongées, au jeûne pur et 
au nazirat de la sagesse. Ils attendaient le moment de revêtir 
l'armure du baptême. Parce qu'ils étaient tout embrasés et enflam- 
més de Tamour du Seigneur, ils avaient été choisis pour devenir 
les vases de TEsprit-Saint ; c'est pourquoi ils montèrent, s'élevèrent 
au degré supérieur à ^rauds pas, et se mêlèrent spirituellement 
avec les anges. 

Ces enfants dirent (un jour) : « Nous embrassons cette doctrine ; 
dès maintenant nous n'avons plus d'autre maître que le Christ. 
Nous abjurons nos parents, leurs dieux et leurs sacrifices, nous 



Les psaumes. 



14 LA LÉGENDE DE IfAR BASSUS 



* Ur^) r^:^ Uhé Ua^^ ^Ié|^ Po 
.^LL0 i(n? Aal 9U ^oloL ^.^ii^â^ U^ 
♦ ^«i ^o ^oAJi T-i^^? r^ Ul "^r^ 

• ■ 

* 

(Fol. 3^.) ^ jjoi^ ^r^l^ Ua^ oiâoi^ ;i UU ^nSSnà. 175 

.• U^Q»^. o'(n i»LD 09 Ua)9 U^!^ ^A^lo 



n*adorerons plus leurs statues muettes, œuvres des mains (de 
Thomme). Voici le moment de recevoir le baptême. Mar Etienne, 
il y a de l'eau, qu*attends-tu ? Nous sommes prêts, j» Mar Etienne 
leur répondit : « Il n'en est point ainsi, ô fidèles! Je sais que 
vous désirez le baptême et que vous en avez soif. Mais Notre- 
Seigneur a voulu que le baptême fût donné par les prêtres, et qui- 
conque n'est point baptisé par la maip d'un prêtre n'est point par- 
fait. Le Seigneur a donné à Simon Pierre les clefs du royaume 
des cieux') et a aussi remis entre ses mains la puissance souve- 
raine*). Simon Pierre la communiqua aux prêtres, et maintenant elle 
se transmet entre leurs mains jusqu'à la fin du monde. Et comment 
est-il possible que celui qui ne possède pointée pouvoir, ni les clefs 
pour ouvrir, reçoive la vertu de TEsprit-Saint ? Comment celui 



1) Littéralement : les clefs d'en haut. 

2) Litt. ; la puissance d'en haut et d'en bas; c.-à-d., au ciel et sur la 
terre. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 15 



<* U?a^> Ucj.£) éSViaSc» i}|^ {bû^É^ )oaJ 180 

r • 

% ^ l0(TLA |I ^oÎla) ^:;^; )À^9 )(n 185 

.. 0001 gpqi^AAl Ukj9 ^^OUd LaA|«0 |idO 

♦ 0001 o^^L^^) >nSV? i^anéWlS 

♦ ) JojuUL^) UcuJ Qii^ ^Ljêà ..âoJ 0U3O 190 
4 li^JAlo loi I^OOlVlêVin^ iAéMAJ^ )AaO|^ 



qui a besoin d*être consacré pourrait-il consacrer ce qui ne peut 
être consacré que par TEsprit-Saint ? Attendons donc jusqu'à ce 
qu'un prêtre vienne ici. Nous lui demanderons le baptême et il 
sera fait selon votre désir. » — Bassus reprit : t Mais l'église 
n'est pas près d'ici, le prêtre est éloigné et il ne nous est pas 
possible d'aller auprès de lui. La crainte de nos parents ne nous 
le permet pas, et nous ne trouverons pas l'occasion de nous rendre 
près des saints (chrétiens). » 

Pendant que ces saints (jeunes gens) étaient ainsi embrasés du 
désir d'être baptisés, le moment arriva pour eux de revêtir Tarmure 
du baptême et de descendre avec elle au milif'U du combat*). Il leur 
Tint la pensée, certes noble, d'aller voir leurs troupeaux et leurs pas- 



Litt. du combat de la chasse. 



u.. 



16 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



♦ U^Vfi) tC0l^9 U'ûiA^ %.fiOJ loOl %.âA^9 

♦ ^o(n^a:^'9 0001 ^9 ou») iia^ ^^Uo 200 
•• iJo^gtao ^^^ .0091^9 ]à^l 0001 nnSw 

^ ]iQ4 wà^9 %^ U^O 1^ ^j^i^AItf 1^0 

.• pM \jo^q!^ pM Uin^ UI:iL^ P^ oooi aû9ikAo205 

teurs. Arrivés presque au milieu des montagnes, dans un endroit 
célèbre désigné par un nom propre, — car on l'appelle la vallée de 
Géhenne^) — et situé près des villages de leur père, ils descendirent 
humblement de leurs chevaux et montèrent tranquillement sur les 
montagnes dont ils firent l'ascension. Ils gagnèrent le sommet 
d une roche escarpée en face de la montagne où leurs pasteurs fai- 
saient paître. Ces jeunes gens étaient montés-là pour y être tran- 
quilles, et, par la volonté de Dieu Notre-Seigneur, leur esprit fut 
éclairé. 

Tandis qu'ils s amusaient çà et là sur le sommet de la montagne, 
un chamois*) rapide s'enfuit devant eux. Ces illustres enfants s'inter- 



1) La situation précise de ce lieu nous est donnée par le continuateur de 
Bar Hébréus. 11 se trouvait dans la région de Tour'abdin entre Aspes et 

Hidil.(X|^^ i^^AJ:^© ^ja^a] ^^N^) Chr. Eccl. éd. cit. tom. II, col. 535, et 
BibL Orient, tom. II. p. 467. 

' I.J49 Z signifie un chamois comme l'a très bien prouvé Hoffmann dans 

ses Auszûge aus syrischen Akten persischer Màrtyrer (pag. 18, not. 134) 
où il discute ce mot à propos de l'histoire de Mar Behnam qui fut aussi 

conduit à la retraite de Mar Matthaï par un \mSA- Voyez le passage dans 

Bedjan, Acta Sanct, et Martyr. II, 402, où ce mot est orthographié l^no?^ 

Cflp. Cardahi, AlLohàb, II, 632. C'est sans doute une réminiscence de la 
légende de Mar Behnam qui a fourni à notre auteur l'idée d'introduire ici 
ce chamois. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 17 



♦ ^qiJg^AAAO \9Ql4 ^^fi mià^ oAjJo 

♦ lio^î '"^^ Uiai^l Ué^:^ ^ooiii. L^}m2] 
.• l^aâA^Aâ cil^ a«^ a^o ^^fL^i^. 0001 a^î^ 

4 |2a&âJ )]^ U^l ^^t£itf Ôlû 0001 ojÉâ^lo 210 

♦ Ur^^^ 01^9 ll^lâ ..^oJ loen o^]o 
•• iJa^dlâ )ooi ^ai^^) 11^19 InÉiÀLoc 

%\li:^ ^yM )] )i.^aJ iJAâ LaJI .£o^i.2o215 
•• UoJ^ o'oi ilâ^ IfûA^ looi ]yM9 ^o 



I 



pellèrent mutuellement et se mirent à descendre naïvement après 
lui à travers les montagnes. Comme ils circulaient de tous côtés pour 
voir où il était, ils aperçurent une petite caverne dans le flanc de la 
montagne. S'en étant approchés et étant entrés à l'intérieur avec 
empressement, ils y trouvèrent un illustre vieillard plein de pureté. 
Il était vêtu du grossier (habillement de) poil des prêtres et était 
solitaire de sa profession. Il s'était exercé longuement aux prati- 
ques de l'ascétisme qu'il subissait depuis vingt-sept ans. Pendant ce 
long espace de temps ses yeux n'avaient point vu visage d'homme ; 
son regard était constamment fixé sur Tamour de Notre-Seigneur. 
Ces enfants lui étaient envoyés par Dieu pour qu'il les revêtit du 
baptême divin. Dès que cet ascète vit ces beaux enfants, il fut 
instruit par Dieu à leur sujet. 



Note marginale : Vi^^^^ poi V^»? oi-^âdà. — « Le nom de ce vieillard 

était Longin. - — Longin est un nom connu dans Fonomastique syrienne, 
bien qu'assez peu fréquent. L'évéque d'Ascalon qui assistait au concile de 
Nicée s'appelait ainsi. 4 



18 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 

(Fol. 35a.) ,. 010]^^ \.A^90 n ^r^ ^AékriéO oHcl^ >adol; 

% ^(hA^o] ^^ Uiâmà» IjiAJb »É^^i.âAifi |jDO 225 

.• isLSO^ oLfiji^^ Uni U^ij 0001 OhSl^ |Jdo 
♦ ^) frdo giViSêO o^Lj^o ol^9o}] oooi a^aag 230 

♦ I^oAaAwmO ^01^^09 \^ ^] \l^ 

[{joLA^ •] '> 10019 jSnSn iJfâ^l a^9oio ]]]h &^-;&û 

Ces innocents agneaux avaient été troublés et effrayés en aperce- 
vant ce vénérable vieillard paré de la victoire. Sa couleur était noire, 
sa chair desséchée, son aspect effrayant, car son corps était émacié 
par les exercices de Tascétisme. Comme ces beaux enfants étaient 
retenus par leur frayeur, le Seigneur changea l'aspect du vieillard 
qui devint resplendissant comme le soleil. Aussitôt il s'empressa de 
se lever, les encouragea et leur montra qu'il était un homme séparé 
du monde. Quand ces nobles enfants connurent ce qu'était ce vieil- 
lard, ils se précipitèrent à sa rencontre et le saluèrent. Il les bénit, 
et quand ils eurent reçu la bénédiction de Thomme de Dieu, celui- 
ci les interrogea soigneusement sur leur conduite. Les innocents 
agneaux joignirent les mains et, se prosternant devant lui, révé- 
lèrent leur secret et firent connaître à l'homme juste*), tout ce qui 



1) Variante : au prêtre. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 19 



/ <Ad ooA oi.AdU Unnin^o )tJD09 \^ 235 

<- A^UJo; ^oià^ln looi Va.^^ i^r^? ouda^i^ 240 
% I^QAai U^ Uni is^m oilLo o^^A^^o 

% )<ii^ A^A) '^^'^^ If^lA ^(1^1 ^a^^dttJo 
(Fol. 33».) «"^^^Ale h 1! Iaï )erj» l^A^a )o<n .«h* 



leur était arrivé, leur conduite et l'humilité à laquelle ils ëtaleot 
parvenus. 

Le vieillard reconnut qu'ils étaient les temples de la divinité et 
qu'à cause de Tamour du Fils de Dieu, ils avaient préparé leur 
âme et même leur corps aux flagellations cruelles et aux sup- 
plices ; et aussi qu'ils ne seraient point l&ches dans leurs combats, 
mais comme des héros, parce que lamour du Seigneur s*était fixé 
avec délices dans leurs âmes. Ils demandèrent à cet illustre vieillard 
plein de pureté de leur donner le signe vivifiant du baptême, de les 
adjoindre aux agneaux élus de la maison de Dieu et de les faire 
héritiers bénis du royaume céleste. Dès que cet ascète vit leur foi, 
il se réjouit, au sujet de ces enfants, d'une grande et ineffable joie. 
Il i^e mit à prier avec ferveur et les baptisa. Ils reçurent de lui 
le vêtement glorieux du baptême, et il les fit participer au corps 
et au sang du Fils de Dieu, afla que ce fût là, pour eux, le gage de 



20 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



4* U^;; l^o^:^ Uift ^mi ^onkk^ jooU) 250 

% ^oiJbAj) jLqH^ 0001 aa£0i )AjD9 )^0|^fic 

% lAAlAjtjSio >â:^^ GL^bâ^9 li^iiSieo 255 

<> f*r^) Aa':^ ^ItA nSno; jpmo .asiAJ i]9 

la vie (éternelle) au jour du jugement. Alors Dieu leur envoya le 
don de vie et, par lui, ils furent solidement armés contre Terreur. 

Ils revinrent dans une .cfrande allégresse près de leur famille, se 
réjouissant avec leur maitre Etienne qui, depuis qu'ils avaient reçu 
le baptême vivifiant, les exhortait constamment à ne point faiblir. 

Les enfants se mirent à aller et venir régulièrement près de ce 
très chaste vieillard Longin. 

Alors le jeune Etienne vint, plein de respect, trouver Longin, 
lelu (de Dieu) paré de la victoire. Il s'entretint avec lui dans une 
joie mêlée de crainte, car il était fort inquiet au sujet des enfants. 

« Je t'en prie, seigneur, 59 disait-il à Longin, ^ exhorte et con- 
firme les agneaux que tu as baptisés, afin qu'ils n'abandonnent 
point lâchement le bouclien) qu'ils ont reçu de tes mains. Je sais, en 



*) ll^tf paraît une faute pour l^a», Vespérance, 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 21 



^ ^oovài^ i^^^ Uajo U^,5 i^ U\ ^r* 265 

(Fol. 34a.) ,.^^ ^oAi^o jJl II '^U ^ U« ^Ol^LfiOA 

I** • 
fi|9 o^ ^ ^an à fik i x^r^ 1r^) ^Aaooi 

% ^naàlA^V ^^iLù ii ^^iLAii opi275 



< ^^2J Po ta^tf A^9a^ ^oruVo. a^a^^ 



effet, qu'un dur jugement a été prononcé contre eux par les Perses 
qui sont méchants et cruels, n 

Dès lors ce glorieux vieillard Longin fortiBa ces innocents 
agneaux comme des héros. Il les avertissait constamment et sans 
trêve de leur martyre et des supplices qui leur étaient réservés. 

« Écoutez, maintenant, (leur disait-il), et apprenez de moi ce que 
j'ai à vous dire : n*ayez point de rapport avec les Perses à partir 
de maintenant. Vous êtes des agneaux, séparez- vous des loups et 
demeurez fidèlement dans le troupeau du Fils de Marie. Faites en 
sorte, mes bien-aimés, que vos esprits ne défaillent point. Prépa- 
rez-vous aux mauvais traitements et aux injures. Souffrez la mort 
pour le Maitre au nom duquel vous avez été baptisés ; tendez sans 
crainte votre cou au glaive. Petite est la porte et étroite la route'). 



OMatth. VU, 14. 



22 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•. ^O^oâ ^ol^ «nAi ^9)? U09 001 H 285 

« OlJon^ld 9Ài^J ^^? 9ULâJ ^iTîJI^O 

♦ >09|] >oi^iJ io(n ^oiJ) Ui^9l AdiHSo 



a dit Notre-Seigneur, et le courage est nécessaire à celui qui y 
marche. « 

Mar Bassus, le martyr béni, et la chaste Suzanne, revêtus de 
Tarmure du Saint-Esprit, répondirent et s'écrièrent : « nos doc- 
teurs, nos maîtres et nos frères dans la vérité, que votre esprit ne 
soit point inquiet : nous ne faiblirons pas ; non ! (nous le jurons par) 
celui qui, étant grand, s'est abaissé lui-même pour notre salut ; 
non ! (par) celui qui s est anéanti lui-même pour nous enrichir de 
sa divinité ; non I (par) cet esprit*) qui a revêtu un corps, s'est fait 
homme et a souffert la Passion sur le Golgotha à cause de nous ; 
non ! (par) ce (Maître) suprême qui a abaissé sa nature divine, est 
mort sur la croix, fut enseveli, ressuscita et tua la mort ; non ! (par) 
celui qui descendit des demeures mystérieuses de son Père et vécut 
parmi les êtres terrestres pour grandir Thomme : nous ne renierons 
point le baptême dont vous nous ayez revêtus, et nous ne mentirons 



1) Il faut sans doute corriger : ^JLà JJo . 

2) Litt. : flamme. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 23 



(Fol. 546.) , l,,^^^ )]j II )j^ ^a-. ^^rl B 295 

>yA ^iA I -S ^ 001 auD9 «1^090 aalo 

^^]9 IjJLkO i^GL^ ^ ^lé^ftOI U 

% U<n] U^ Uo9 oj^ Use) )?(ii£)305 
♦ ]Al 4> {9019 U jji^f^ o^ Ucm^ 01^ 
•• ^A^? Va) 99IGL0I Iai4? ^^-^^ 

% U^La 93.::^^ |â^^ oioi ^Lo )ooi i^iaS,/)o 



point à la parole que nous avons donnée devant votre majesté. Nous 
ne reconnaissons plus aujourd'hui d*autre maître que le Christ» son 
Père et son Esprit, de qui dépend toute créature. Et si on nous 
prépare le glaive et la mort à cause de lui, nous ne fuirons point 
les tourments et les supplices à venir. Nous affronterons tous les 
combats pour Notre-Seigneur, car la vie en dehors du sein de son 
Église, c*est la mort, f* 

De plus ils amenaient continuellement des païens, des adorateurs 
du feu et des idoles muettes, au baptême vivifiant et divin, de sorte 
qu'ils se multiplièrent et devinrent un peuple innombrable. 

Ces nobles enfants persévérèrent dans cette voie pendant tout 
1 été de cette année, car Timpie Abouzard, leur père, était descendu 
en Perse pour y vénérer le temple du feu. Il avait été retenu par 



24 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•> ^^s AaA^o U^r^ A^u:^ t^o 1^1® 

•. n^90)] OAâJO 01^9 Ol^âL^ OUdl^ g^Vifti^O 

•• ^t^] AaAa; )j.i^l£(Lo .il É^S l^^o i^lo 315 

(Fol. 35a.) .. ^<nQla^^ l?l:^ Il t^^^^? U^oo^ )o<n {.^ li-^ii^o 
4 ^giOAg^ I^VTi'fflo |o(n >Q^o »o^)o ^oiojLdA^ AAâ^\.^o 320 

.• ,oqi1 '^SV^So )fA99i ^ÔiciIqS )î«do 9|^a 

% ^Qm^ )AasJo 1^22^ ^^attû )o0i f,^oJÎo 

le roi, Tinsensé Sapor, pendant environ neuf mois. Après avoir 
été congédié par Sapor, il revint dans le Beth 'arabayé, (et arriva) 
à Beth Kélat'). 

Quand ses serviteurs apprirent la nouvelle de son retour, ils 
sortirent à sa renconti'e afin de recevoir leur maître selon leur 
coutume. Abouzard arriva à Pirrin, le château fort qui est dans le 
Beth Zabdé, et entra dans sa maison plein de joie et de contente- 
ment. Il prit ses enfants avec un empressement paternel, les 
embrassa, et son âme fut délicieusement transportée d'allégresse. 

Bientôt vint le jour de faire une solennité en l'honneur des 
idoles. Il se rendit au temple des faux dieux ; il disposa et offrit de 
l'encens a ses (statues) muettes, puis il ordonna d'appeler ses nobles 
enfants ainsi que leur maître pour adorer avec lui les idoles 
muettes, œuvres des mains (de Thomme). Quand Bassus Télu (de 



Beth Kélat désigne ici la ville de Kélat, située sur la rive occidentale 
du lac de Van. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 25 



/ A^lâ^iâ^ ^^âid) ^n^o^ *^&^c 325 
♦ ^JO|iCiua^ OC01 ^Q^fe^iJ; ^aj) \.^^o 
\ \à,ékSi!^ CC01 aâLdOi )Ja^9Vûfi i^A^^ ^^aoi 

\ a^lOjp^ ^^^ iiJBtl^? OULâJ A^^A^I 1^0 

♦ ^oia^l^ **^r^ ^^^^^^ ^^^ oiA^ââ «ân^ 330 

iJnnSSff A^al^ ^Wjjsùk à^]]o à\nik] ^ ^9 
% 0001 QAp^9 001 U^aJ ^^w^l^^ AAâ^9 ^ALc)c 335 

4> I^^QéUo ^là^i^9 190^9 )2a^<nifiu^ 



Dieu), la chaste Suzanne, et Etienne leur mattre et directeur 
furent réunis, Abouzard leur parla avec douceur et leur demanda 
de sacrifier à l'idolâtrie. Alors ces courageuses personnes retour- 
nèrent tranquillement à la maison sans répondre à Abouzard une 
seule parole inutile. L'esprit de ce païen fut troublé à cause de ses 
enfants. 11 s'enquit à la maison du motif du mépris dont il avait 
été l'objet. Sa femme le lui fit connaître sur-le-champ : a Mon 
seigneur et maître tout-puissant, lui dit-elle, écoute ce que je te 
dis. Depuis que tu es parti pour aller en Perse dans la capitale, ils 
vont continuellement à la montagne près du troupeau. Et quand 
je m'informais de leurs intentions, ils me répondaient : Nous 
apprenons là le Magisme. Gomme l'administration de nos villages 
nous occupe et nous donne du travail, nous aimons avec passion la 
tranquillité de la montagne. » 

4 



^t> LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 




01 



V <n2 n ii ;V>o L^U^ HIjé )|.4ftl0 ^1^^ 
<* U>i^ V^ i^cLâ^^^s . nnS'V) ^f^ 340 

(Fol.SoÔ.) ^ lij^ IgOjLÔ SlA^É^ ,1^0 )|^^ ^ Il ^^S 

•• ]o(n oÀa]; ^) ^s^-jL^ ]ooi |l^ aJ^ô] ^^o 

% ^^? V^o \Lé^ r^^ U^(nalo ô) 345 
.', ^▲Loja^] ^?) ^JLS9 lâJMArO i^LaJ ^1^^0(31 

•>|(tlL gl^^^^^N l^A^ i^ 0(91 .£9alâ^ >al;u 

•• Ja^oio >aSl^ {.A^ 0601 o^â^o 

< IaI9 «.aAa l^âJ9 ^A^' Uq^ «-Aaj^ ]oI9 

.. UoAaZléLd' ]2î.^^'Ç^^ Allai AJJ .,r>,QV.LD ^o 



Aussitôt ce païen maudit pour son impudence*) se mit à s'infor- 
mer diligemment de cette affaire. Le malheureux, exaspéré par un 
mouvement de colère, saisit un de ses serviteurs et le tortura 
longuement dans de cruels supplices. Celui-ci, vaincu par la dou- 
leur, fit connaître ce qui était arrivé et raconta à Abouzard tout 
ce qui s était passé : a Mobed, puissant guerrier, notre maître I 
laisse-moi respirer et je teclairerai sur l'histoire de tes enfants. 
Les enfants de ton Altesse sont devenus chrétiens (en vivant) avec 
Etienne, ce captif à qui ils étaient confiés. Ils ont reçu le baptême 
et la foi, et je connais même le vieillard qui les a baptisés : crois, 
seigneur, à ma véracité sans en douter. Ce vieillard habite là, sur 
le sommet de la montagne, dans une caverne. Et si tu veux examiner 



ï) C*est-à-direr : d'une impudence odieuse. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 27 



% i4^ UXiÉ 99]aAl ]o(n «.â^? ^o355 

• » • ^ 

♦ U^f^ La]9 «^oj.£Qj9 ]ooi >a£ Ir^r^ ir^Uo 

•• Ui099 iX*] )00l ^9]) «^OttA U^ 

«» ii^:;^? D? ^U) ^) as}] ^£o360 

<> yiÉjV) i^ o'oi '\r\Aà^ Ir^^^ ^AjLâJ AsAd )(n9 

» 

(Fol. 36a.) ^ II^^ )^^A2l ^r^') o^î-^o || ^on^ oll^o 365 
<• lâ9 001 hU^ ■ ^Oé9 ^010^^9)0 ^^Xoia^]9 



avec soin mes faibles paroles, tu trouveras qu elles sont l'expression 
de la vérité sans aucun doute. » 

Dès que le maudit païen Abouzard eut appris par ce serviteur 
toute la vérité sur cette affaire, il entra dans une violente colère 
(et devint) semblable à un lion. Le loup cruel s apprêtait à dévorer 
les agneaux innocents. Mais le jeune Bassus avait revêtu Tarmure 

de TEsprit-Saint, et il répondit à son père, face à face, sans trem- 

* 

bler. « Ecoute, vieillard, lui dit-il, et ne sois point troublé (par 
mes paroles). Maintenant, ajouta-t-il, je suis inscrit comme servi- 
teur de Jésus, le Fils de Marie. » Quand son père entendit (ces 
mots) il entra en fureur, commença à le frapper, à le mettre eu 
piècfts et à le fouler aux pieds en présence de toute l'assemblée. — 
Ceux qiii étaient prést^nts se mirent à dire à ce vieillard insensé : 
« Calme-toi, notre frère, laisse-le, car aujourd'hui c'est grande 
fête ; que notre solennité ne soit point troublée à cause de lui ; 
nous t*en supplions, que la réjouissance pour laquelle nous sommes 



28 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



<, 1,l:^£> )l£>) ni )o(nJ U9 ^r^ n::^ ^osui. 370 
V ^aiSnS >a^mi5 (tlL 0001 ^{-^o a^Zu 1|«m^o 

/ .maffia U^ ^ooil )c0i ii^l v?^*^ ^ ^ 

% \3ilo is^ ^^CWl P Utf ius >gl:;^o 375 

« %£9^â ^rf^AQ^^ 0001 ^OlQQpA Uo ^OIOa^^iJi ]o01 ^QnDO 

<> li.A<^2 )]o .Jia:^ 90^0 UoT ^fiUd^^l 380 
% ^oaI Icoi hftV l^asaAnlo l^^ ^; 001 
<» i^r*^ -AfMol U'^J 001 ^qaaI U); 

venus ici ne se change pas en deuil. C'est un enfant auquel Terreur 
a fait perdre l'esprit ; laisse-le donc, pour qu'il n'ait point à s'af- 
fliger pendant la fête. » Puis ils s'assirent et invitèrent (le jeune 
homme) à adorer avec eux ; ils le cajolaient et essayaient de le 
séduire par des paroles persuasives. « Ne vous faites point illu- 
sion, leur répondait le jeune Bassus, je suis maintenant chrétien 
et même naziréen, et je ne me mêlerai plus jamais avec les Perses, 
car ils sont impurs parce qu'ils sont égarés dans l'idolâtrie. » 
Quand son père Tentendit, de nouveau il fut exaspéré par ce^s 
paroles et se leva pour le frapper. 

Les Mages de la Perse ne le lui permirent point : « Lève-toi, 
enfant, lui disaient-ils, nous passons sous silence (tes injures) laisse- 
toi maintenant persuader, adore avec nous, ne résiste plus. » 
L'enfant leur répondait avec courage : « C'est à Jésus do Nazareth 
que j'offrirai mon adoration. » 



LA LÉGENDB DE KAR BASSUS * 29 



•* U^? ouDj^k^d 0001 aA(9L^^ ^^^^ ^r^^ 

.• A^V^? ai:^ V^â^iA î.;^ ) ^s^£^ \2 385 

•• P!^ ^^<n ]ooi \^AJ» 1^ S^doi oâ] 
(FOL 366.) ^ l^j^ )^, |c^ ^.IaSo llo .o^lI h ,a >a^ 

* •• ^ 

s ^9l1^ \om i^\ 1^0 ^a^oio 1^ U^ 

4. il^i^A^ tl; Un^ÉnSoc Uo9? llaKiiû 

^ 90gV^kâ 0«£L0]0 UïQ^ Ô^^ CMÉfti^U LIa] 

^ )l;09 Ir^ oAa) 0*0^9 ^ ^Zm^\ 

• • • • 

•. )^09i!k9 La^ lî^l oAa| oacoi 395 
♦ t^QASij ^^ ak0f£O Uâ^I::^) eiA^^ Vû^9 



Les Mages de la Perse étaient stupéfaits de cette résistance de 
lenfant. Ils pensaient qu'il avait eu une vision. « Viens, chéri, lui 
dirent-ils, dis-nous donc ce que tu as vu, comment était ta vision, 
et ce qui ta été dit. » 

Son père, en entendant ces paroles, s était arrêté en silence et 
sans mot dire, pour voir comment cela finirait; (les Mages) ajou- 
tèrent : « Enfant, fais-nous connaître ta profession de f(>i ; que 
nous écoutions ton discours, nous ne connaissons point ce qui est 
caché, révèle et explique-le-nous, n Le saint répondit et, par la 
vertu de TEsprit-Saint, avec une animation inexpri/nabîe, leur dit 
ces paroles : <& Il ma été donné de voir que celui que les Juifs ont 
traité avec insolence, quHs ont crucifié en Judée, était le Seigneur de 
toutes choses. C'est lui l'Agneau vivant de la divinité qui a effacé 
le péché du monde qu'il a délivré de Terreur. Tous ceux qui croient 
et sont baptisés en son nom adorable ont la vie et posséderont le 



30 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



m 

♦ Ua^oA U; U^JuAao ^-^-f* UA|â400 
«b ^nnTiSo IAé^o^» ulo A&U99 U.01 ^AJ]o 

% ^fflLA^a^J nj|<i )|mms] ^oi^s L^o.^ al^^o^ iiO0 
•> (nJ|.o) V:^ UâJV ofii] ^AAJlL a^i^o 
•. 0^9 i^A^A V^a^ ^^r^ Of£^ aoio)]^o 405 

•• 019AA uiâJo )|h*Ia ),*^Aag qa] ]ooi ^ fl a 
•. l^aâA^]9 Uiols U^^ lo'Si ^019 

♦ V£Lfi99 [▲jiA 01^0^9 wAA^ (SlflO^ 'l^?® ^10 

(Fol. 37a.) .. ]j<„aJ v^aJU^ ^q:^2 enSnS? (nA^ ]î.^o 



bonheur dans son royaume ; tous ceux qui demeurent dans Ter- 
reur de ridolâtrie s'exposent au châtiment et au supplice sans fin. 
Et vous, maintenant que j'ai placé les paroles de vérité dans vos 
cœurs, croyez et faites-vous baptiser, sinon vous serez poursuivis 
(comme responsables) de son sang (versé). » 

Quand les Mages entendirent (ces paroles) tous ensemble grin- 
cèrent des dents et se mirent à exciter son père insensé pour qu'il 
le fît périr. Les serviteurs virent que sa perte était décidée. I!s 
lâchèrent la roain^) et donnèrent à l'enfant le moyen de senfuir. 
Le père, ayant saisi son glaive, selança à sa poursuite, semblable 
à un loup qui a soif du sang d'un pur agneau. 

L'enfant courait dans le chemin du crucifiement et parce qu'il y 
avait vu son maître (souffrir), il se rendit semblable à lui par les 
tourments qu'il supporta. II appela sa snpur pour qu'elle entrât avec 



') C'est-à-diro : ils se départirent de leur surveillance 



LA. LÉGENDE DE MAR BASSUS 31 

\i^uo (nl2«9 U<n] {Joidl U^Sf 2q!^ l,^ 

♦ oAa^ Aa.Q^ V*^!^ 01^^ O^â^ ^91^9 

♦ .o(tlL jènm^? l2oA^^ L^ii^ ^oj) \i^aJ 420 
% \t^j 09(Tij&fi |n^.^ Uo^ ^olo ^-^^) r^o 

s )i^) iLo ]pa^ lssk\r) iéàOiJû «.AâJ 

% IpJo Ua9 i^^^ "^aIj U^ ^019 425 
♦ )9aAd >0|^ ]ai^ îiûA 0001 0^90)9 '^^^ 

lui dans le paradis de la lumière, ainsi qu'Etienne, celui qui lui 
avait enseigné la foi. Il parvint près du vénérable prêtre de qui il 
avait reçu le signe vivant du baptême divin, et le conduisit au vrai 
martyre, afin que tous ses compagnons entrassent avec lui dans la 
salle du festin. Il appela sa sœur, il appela son serviteur, il appela . 
son maître afin de les inviter au repas (plein) de vie. Il appela son 
père, ce bourreau, pour les conduire rapidement au banquet qui 
les attendait. 

Lorsque le serpent maudit sentit (venir) les martyrs du Fils (de 
Dieu), il chercha dans sa haine à les faire périr d*une manière 
cruelle. Le ravisseur enragé poursuivit les agneaux et les déchira 
sans pitié. Le bourreau courait détruire leurs corps purs et chastes 
parce qu'ils avaient confessé le Fils de Dieu devant les idolâtres. 



'Sd LA LÉGENDE DE MAR BAS^sUS 



\ ÏLIlû c]^9 Ur^ ^i^S .caL*9c. o^Las 

♦ lâL 2C|.aa IlSniiViS ij^ rViSâlo 

(Fol. 576.J ♦ Ur^ .«iAJi99 )|^ llû^o^ I! ■ m a mm ? ^) 

.• 01^9 )|.£^^ Uqa îiO oQi^ jVgnn ^9?! 435 

• • 

/ Aa1^^^9 Ir^f-o ifi^lâ Uof4 )®^ ^o^'^ 

♦ 0^90^ \i^0 OlA^dlft9 ^^ ^oiaA9aâ .éSa9]o 

, j^olâl^l 1,««», «io^ U*ma -<JL*-.ioo 

♦ iAtfa^ tl; >09ai >o90i (si^a^o^ aiasaso 440 

Le tyran, dans sa fureur, tira le glaive contre les saints, et les mou- 
vements de sa colère étaient ardents comme (ceux) d'un dragon^). 
Il brandit entre les montagnes, en la faisant étinceler, l'ëpée avec 
laquelle ildevait verser le sang opprimé des serviteurs du Seigneur. 
Les serviteurs de Dieu tendirent le cou et affrontèrent la mort. 
Ils livrèrent leur corps au bourreau*), la joie dans le cœur. 

Le loup maudit était sorti à la recherche des agneaux innocents 
pour déchirer les corps purs des amis de Dieu. Il atteignit d'abord 
le captif son serviteur (jui s'était réfugié contre la paroi de la mon- 
tagne élevée. Le méchant tyran rugissait contre l'agneau innocent. 
Les genoux (du serviteur) tremblèrent de frayeur et il tomba 
devant son maître. Celui-ci frappa du glaive le cou du martyr 
Etienne et coupa sans pitié son corps en morceaux. Ce tyran 



1) J'ai restitué le mot U^^? dragon. Le msc. porte |JJZ ^1^ comme la 

fumée, ce qui pourrait être, à la rigueur, la véritable leçon. 
*) Liit : au destructeur. 




LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 33 



% ^ 



♦.0190. ^^ 1^9 IAa^oa^; 1^^^ qiân^o 
iqU|iViSV» ilû^ ^oi|^A4i 0001 a^tf oi^uto ^tfottd 

•• A^OA a.joi9 iJo^o Ij-diJ UâJo ]i^] 445 
♦ 99la£)1 l^Li^ ]^ U>]? >o^ ^ 

♦ I^Ai^)] UnnSV AaA oon o^âyi:] 

^ IaXP^ ^^ lia D ijiNd099 ^OIlSS ]00l ^mâ^^ 
« U|La) |A^ lârj*^ UiO^» 0001 O,^ }]9 S^450 

4* ^joiiSnS9 ^Lo ^01 AStiV)^! I^fiâd^ {jcu 

V oiitoâi^l^^ jntnS Uo^; m^n é à n ^2^ 

/ lAâ^lA UâJ U'o^ ^ l^iALe 1^0 455 



teignit de sang le captif Etienne et le revêtit comme d une tunique 
de pourpre du sang qui coulait de son cou. 

Bassus et sa sœur avaient tourne leurs regards vers celui qui 
les avait baptisés et dirigés, l'illustre vieillard Longin. L*agneau et 
la brebis, laigle et la colombe fuyaient ensemble de devant le 
loup, le maudit oiseau de proie Abouzard. 

Ces tendres enfants avaient été élevés au milieu des plaisirs et 
des délices dans le royaume terrestre. Les Perses excitèrent 
contre eux une violente persécution parce qu'ils n'avaient point 
adoré leurs statues muettes, œuvres des mains (de Thomme). 

Tandis que les frères innocents étaient poursuivis à travers la 
montagne, la jeune colombe avait faibli dans sa course. À cause 
de Taspérité de la montagne difficile et de son escarpement, les 
pieds de cette brebis pure étaient ensanglantés. Vaincue par la 

4 



k2j£ 



34 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



<• ^ii^a^^o >AS^^<nZ^ Zu^^) )]o A^âJ ^^^^y 
(Fol.58a.) ^ ]^^ 0,;^^ 0^^ oi^^l Ui.ôA Ucu II 

.• ]2ojj:a^o H^jÉ ^aéQ^ lAftAJo ]&AAl 

•• .091^9 lo] 9910^) U09 001 ^0 

<> nW09? jASnjiO \ia^A^ |^ ^oia^ )ooi ^jslI 

.. IsIm£^ \2h, lo]^ ))^9 i^9 )i^] 

<> litaJUla^oi \..^ lèol^ 981}^ ^ÎH^ 
-. 1^01^90^09 iL^^ y^ànw^o {j^ )oi 465 

.•' Uo^ AIaA (nAw^L oLOâ^ ]]^9^ t^-S^ 



douleur, la chaste brebis tomba aussitôt sans pouvoir se relever. 

Faible colombe ! ses ailes agiles lui avaient été coupées et elle 
n'avait point jusqu'alors été accoutumée à marcher pieds-nus. 
Chaste et pudique, sur le modèle de Thécle et de Fébronie*), elle 
avait pris le vêtement de la force et du courage. 

Le cruel Abouzard, leur père, volait vers eux, enflammé par 
Tardeur de sa colère. 

Quand l'innocent agneau vit le loup venir avec impétuosité, il 
commença à exhorter la brebis sur la foi : « Le moment est venu 
de recevoir la couronne du martyre et d'entrer en possession de la 
vie avec les vierges sages. » 

Le jeune homme alerte laissa sa sœur au milieu des rochers. 



i) Sainte Thécle et sainte Fébronie sont deux vierges qui souffrirent le • 
martyre en Perse. La première fut mise à mort vers l'an 346, et la seconde, 
à Nisibe, en 304. — Voir sur sainte Thécle : Assemani, Acta ss. Orient, et 
Occident, I, 123; Acta ss. Bolland. Juin, II, 172; Bedjan, Acta martyrum 
etsancU, il, 308. Sur sainte Fébronie cfr. Acta ss. Bolland.^ imn, V, 147: 
Fabricius, Bibl. Graec. X, 228 (2© éd.). Leurs fêtes se célèbrent le 9 et le 
25 juin. Cfr. Msiftinov, Ann. eccles.gr. slav., pag. 149 et 158. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 35 



y 

-> ôiA^.^ A^jlea:::.) ^ftAsALo ^ 470 

% )Alû.A^i! ^91^ l^^ l^^S i^jL^ «UÎ-iA^O 

(Fol. 38/;.) *. UoIaIaa^us ^r^ Il stla^^o Aa9o) î^ oud 



profondément afïligé sur son sort. L'enfant vigoureux gravit les 
pentes de la montagne en priant, profondément troublé à son sujet : 
« Dieu de l'Univers, viens au secours de ta servante ; ne laban- 
donne point aux mains du pervers qui a soif de sa perte. » 

Quand le maudit oiseau de proie eut n^joint la tendre colombe, 
il la prit dans sa main A la flatta avec astuce. Le misérable 
lui demandait d'abjurer le Seigneur et de confesser ses idoles ; 
mais elle nabandonna point la vérité de sa foi. Le malheureux 
insensé essavait d(î d^touiner cette âme droite et de la séduire 
par des paroles pleines d'impiété. Mais la sainte lui n'pnndait 
sans rr)Ugir : «( .le n'abjun'rai point le l)i»»u créat»;ur. ("est lui 
que je confiasse, .l'adore son nom d.ms la fui (;t il me délivrera de 
l'enfer qui test réservé. On fluit abjurer tes dieux, idoles muettes 



LK I-i>--i-.*»IrÀ lî 



/ l«ïs) HAA i.'çr/V s'a IaIaI b'i 

m 

% 991^1 L^Làl^ Lle^ isn .^1 ^e4% 
Uhé UÂli^ ^9&-ri: ^&A0i^9 aSi^o li^ D9 
I^b n^A^c 9|^Lo9 I^éwS aAâ«^ Igi^i&e 



/ 



et inanimées, a^uvres de la main des hommes terrestres. Je ne 
vénérerai Jamais des pierres inertes ; je n'adorerai point le feu dont 
la puissance est détruite par l'eau. J'adore, comme il convient, le 
Père éternel ; je suis baptisée et je vis en son Fils qui n'a point 
eu de commencement ; mon âme est marquée du sceau de TEsprit- 
Saint Consolateur : la Trinité des personnes qui ne forment qa*on 
seul Dieu. Celui qui est descendu des demeures élevées de son Père 
et a supportai les douleurs et les soufflets de la part des Juifs, me 
délivrera du lieu de supplices qui test réservé, et me comblera de 
délices parmi les vierges sages. » 

Des que le détestable et maudit Abouzard comprit qu'il ne pour- 
rait vaincre son courage et l'amener à adorer les idoles muettes, il 
brandit le glaive qu'il tenait à la main et lui trancha la tête. Son 
(îorps Ha<în'î tomba sur le rocher. Le maudit oiseau de proie frappa 



LA LEGENDE DE MAR BASSUS 37 



♦ aXÂ} PL^o Ui^i \à |l&tf lâffll^ 

(Fol. 39a.) ♦ ^Zr\é\\^n ^^9 1| Uog^ ^.^a ^9?}; 

s ^^); )9^ UJoJ ^) iUM y,nSo 

•- ]ooi ^l^^l oi^^a^ Uols Ig^lo )|^Iao 
♦ Ui^ 9Afi> loen ^9?^) Ua^ "^oa^ao 510 



lliirondelle de son bec et dissémina son plumage à travers les 
pierres de la vallée. 

Les corbeaux (c'est-à-dire) les Mages de la Perse étaient venus 
se joindre au vieillard insensé et Texciter à la perte et à la mort 
de ses enfants. Ces loups enragés entouraient la bienheureuse, la 
tournant en dérision et la molestant à Tenvi. Ces oiseaux de mau- 
vais augure*) excitaient le vieillard insensé : « Atteins prompte- 
ment le misérable qui a tourné en ridicule ton Altesse, qui a fait de 
toi un sujet de dérision et de fable pour les générations futures, qui 
a méprisé nos dieux et qui s*est surtout moqué de leurs fêtes. » 

Et ainsi peu à peu il fut enflammé du feu de la colère, et il 
8*avançait sur le versant de la montagne à la poursuite du jeune 
homme. 

Il gravissait le rocher près de Tend roit où se trouvait Longin. 
Avant qu'il entnit à lintérieur de la caverne, le vieillard se présenta 



') A la lettre : Hih^n.r du sitUfwfr ft\u\ liahiteiit les ruines «. 



38 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



♦ If^lfi? i ^ i.mo Uall^ 0019 qiAAjS AAttâ 
% IftifflA ^^ Aa^ U^^r^ 0(319 oi|i^ A^âJo 515 
♦ Ua^^oaû ]AA9a^ ^01 ^001 Ld^s2\o 
% U^âJ; n^^ ?9]&o) iiVj^\^ |.so 

<* ^9IO^â^9 ^a| )iâdUV9 t^OiftO Oli.â^ ^Q^aJ 

<- ZLÉftA:^ U^r^c V::^! ^ UU ^om A^î^^.lo 520 
/ ]A^ i!a:^i^ ^^^ ^'Sllo liA^i^ r^.^0 

•• |U9f? (Si^aâo i^nS >0|hA l^al^jiO f^r^ 

> Uol^^âitf; ]a:^^ V^ w^a^as^ ,^ 

/ }Iao ^^kJhluo ](Jiio lâd^o ^ttibSMD90 ^^^^525 
♦ ^aJo )o01 I nnl ^.^oiâo ^9li4ft wOA^^o ^a^J 

au-devant de lui sur le seuil de la porte. Le tyran furieux, avec le 
glaive qu'il tenait à la main trancha la tête du religieux, sans 
l'interroger ni le questionner. Le cadavre du saint tomba en bas du 
rocher, et cette colline fut sanctifiée par le martyre de Télu de Dieu. 
Quand cet aspic, Abouzard, pénétra à Tintérjeur de la caverne 
pour mettre son flls à mort par le glaive, comme ses compagnons, 
le Seigneur opéra un prodige extraordinaire ; la pierre se fendit 
depuis le haut jusqu'en bas et il ordonna à l'enfant de s'y placer ; 
semblable à un grain de froment semé (dans la terre) il germa, 
poussa et monta sur le sommet de la montagne comme un palmier. 
Agenouillé en prière sur le bord de la creva^^se, il suppliait Dieu 
pour le moment du couronnement*). 11 était humble, patient, pur, 



1) Sic in cod; — Sans doute pour indiquer la versification. 
^) IZo^J^bAlae. Forme omise dans le Thésaurus syriacus. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 39 



FoL 39&.) % V::^!:^ ^(nol^:^ î^^qjd] il )ooi jA 1^0 

<> ^qioya^^? ^) lâuibS^; ISieaâ^D (n^gi^ ?o^iJ? 

/ U^âo ilâA? l^ao i..ibâA Uî^ift) U^9o535 

•. isls9 U'^A ^•*? lî-â^ oiAa]^ l^n? 
♦ Aj) I]^ ]oio ^à^ ^ «.soj^ ^{.aIa U ^o 

magnifique, fort, placide, calme et posé, noble et serein, chaste et 
pudique. Décoré de tous les ornements de la sainteté, il allait rece- 
TOir une autre parure : celle du martyre. 

Abouzard leva les yeux et vit des bergers sur le sommet de la 
montagne. Il monta près d'eux et les questionna insolemment au 
sujet de l'enfant dont il voulait verser le sang par le glaive, comme 
celui de ses compagnoHvS. L un des bergers s'avança et lui jura avec 
assurance qu'il n'avait point vu son fils depuis un intervalle de vingt 
jours. Mais un autre berger (digne) d'un vilain nom, homme stnpide 
et insensé, renseigna Abouzard et lui dit : a J'ai vu à l'instant ton 
fils dans la crevasse du rocher. Si tu ne m'en crois pas, approche- 
toi de cet endroit et tu verras. » Aussitôt Bassus maudit le berger 
qui était du territoire de Qâqouna^) qui est proche de cet endroit. 



*) |jQ^)^. Qàqouna, villa^'e du Tour'abdin. —Je pense qu'il faut vocaliser 
ainsi par analogie avec le nom du village de Palestine appelé en arabe : 
^ Jj li — Il y avait sans doute de vieilles rancunes entre les habitants de 
Hidil et ceux de Qùqouna. 



40 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



*. )|méa) om; mi^^w ]oai iLi Ut^^ aûo 
^ \a^ ]^sùm jooio oCodi^a^ «•dj.^Jo 

% OPOOfi I^OIJ&I^ OLtt^O 1^9 U^9 001 tad)0 

♦ a^ }ooi ^fO qiAii|.rtSo oi^ );ou9 oufâ 
«. i^U; U'^ >oU? l:^^^ l^r^ ^«U)km ^no 545 
♦ V^n\i ^no l^cJyW^Q.^ 0i^a^ )ooi «,^019 
/ Ua^^ \9fnJû VfSÎo .éjLàj Uo^^H %^ 

\ U^ \^^\0 001 ^Aâ^ ^019 IjJo^LflLo 

♦ 1^1 %.2^ )c^) >aL«$i )i..A«aâA?]o 550 
(FoL40a.) ^ A^li^a^i ofiQ {iiLé^ )ooi || «i^i^â^o 



A l'instant même la chevelure de ce pervers tomba, son corps fut 
couvert de lèpre, et il devint lobjet de la risée de tous ceux qui le 
connaissaient. Quant au berger qui avait fait le serment et avait 
caché Bassus, le martyr le bénit lui et son villagei) et pria pour lui. 

Lorsque le cruel maudit vit Bassus qui se tenait dans la crevasse 
du rocher, il se précipita vers lui avec fureur et férocité. Le martyr 
choisi entra dans le combat des tourments de la chair, Tâme réjouie 
et le corps content en face de la mort. Le bourreau^) courait saisi 
d'une vive agitation. L'assassin^) leva la main contre l'innocent. 

Alors l'enfant commença à pleurer amèrement. Il suppliait 
vivement son père : « Je t'en prie, disait-il, calme ta haine et ta 



1) Note marginale : oui^? {1^9 ]o9i ôM ]£bi«|^S^ ^. Le berger qui 
le cacha était du village de Hidil. — (Village du Tour abdin. Assémani 
vocalise Eedla.) 

. *) )îJa4.aj3 — ' Qiuwstionarius. 
^) l^^tlïkaaai^) — Spiculat09\ 



LÀ LÉGENDE DE MAR BÀSSÛS 41 

.. U^ai^ CTj^ ycL^é.] Ui^^o Icci >c].^ lJoi4 555 

<• an.ÀJc9|.^Jo 0|«». ^^iJ? ^oialâ}:^ ]jjd 560 

« ^aa^9c1 »^ 01^ A^^ 1oi9 I^A^J ^1 
•. .coiAs.^ ^2^1 l^ajft) ilaj>y^ )jf^ loi 565 

<■ aisdjà \zm^ Uohi^ Kt^^ i^Q^9 U)eu»99 



fureur contre moi. Ne t'égare pas dans les sacrifices impurs de 
]*idoIâtrie. » — Le tyran menaçait : l'enfant livra son corps à la 
mort. Abouzard s'empressa doffrir Tagneau en sacrifice. Arrivé 
à l'autel sur lequel il acheva son combat, Tenfant pria le Seigneur, 
et le glaive mit fin à sa prière. 

Cet enfant s'engageait courageusement dans la lutte et invitait 
ses maîtres à venir à son secours : « Où êtes-vous, ô mes docteurs 
et mes guides ? Venez, assurez-vous que je n'ai jamais transgressé 
vos préceptes. Puisse-t-on vous faire connaître la lutte pénible que 
je soutiens ! Puisse-t-on vous dire le terrible conjbat dans lequel je 
suis engagé ! Voici le moment pour les vrais amis de montrer leur 
affection, car le véritable ami montre son amitié dans le temps de 
l'épreuve. Venez, mes maîtres, soyez mes paranymplies en ce jour 
de mon festin nuptial. Réjouissez-vous avec moi dans les noces qui 



■»•■ 



42 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•:• ^ wOa^^i jla^Éft IJaa ^2a^ ^C|.jàO 
% >ol69 iJcn l^a^ ^^1^ l-^â^i-s» CL^ 
♦ \^ Aflik>,^ glILd li;!.£ii lAû^^ Ils lo 570 

(Fol. 402^.) Il *. il^A.*^ ^U Uî^oj» 139 I^oAaLo >oaA 

.• oi^3.â^^ !«»• ^A^oj-d ^î-^? id^0i Ij]o 575 

% \09\ ^AAaéA^ )ÏLd .a^AC ^^0Lâ2fi-CO1 |.dO 

•> l^î^ l£a^^ U9] ^ûLo^o ad] ffiâ99) 

me sont préparées. Le jour qui se lève n'amène point la tristesse, et 
l'angoisse n'en sortira pas pour tout le monde, car c'est le gué qui 
fait passer dos peines à la vie, et le pont qui conduit des ténèbres à 
la pleine lumière. Un jour de festin ne s'accomplit pas sans perte*) 
et, si celui qui aime n'éprouve pas de perte, celui-là n'aura jamais 
de jouissance. Et moi, maintenant que mon Sauveur m'appelle dans 
son royaume, si j'épargnais mon sang pour qu'il ne coulât pas, je 
me mettrais en faute. Si je méprise une petite perte corporelle je 
posséderai, avec les saints, les biens promis ; c'est donc vrai et par- 
faitement exact ce que je dis que ce jour me prépare la vie et la 
royauté. » 

Tandis que Bassus s'entretenait dans ces pensées, son père l'at- 
teignit, semblable à un lion qui vomit sa bile ; (le jeune homme) 

ï) C'est-à-dire ; sans dépense. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 43 



N ^Laa3 <n^i.^o ^jàcj.^ giA^^j "^a^wkJî^SSS 
•> UJ ^l^j I01 f A^^l^o ^*i.û^ COI ^9 
.' »^4gA^ ^s ]jv!^ Ja^ ^nC|.A] ]coi ^▲i» 

% lllâ] U.*^o Lii'U «^c^s Ip] \<n^f^ 

4 La^aé UaAAO L^aé9 ^AaIo |^a9 ;o{.^o 

(Fol.4l«.) .• lAlaJ II >aiî^ Ijoc: "^^ !r>^-a^^ U? 595 

•. >aA7UD ^r^^? ^^r^^? ^^^) ^a^o 



inclina sa tête contre le rocher d'où il était sorti et, élevant forte- 
ment la voix, il s'écria : « Seigneur Jésus, recois mon esprit et 
gar«le-!e par ton nom, car j'ai espéré en toi et je meurs maintenant 
pour toi. » 

Il étendait les mains vers Dieu en suppliant ; il ouvrit la bouche 
pour glorifier le S'^ignour avant de mourir : « toi qui connais les 
choses cachées et les choses manifestes, fortifie ton serviteur qui 
marche après toi avec confiance. Seigneur Jét>us, par la grâce qui 
l'a envoyé pour notre salut, exauce uiu iaibîesse et réponds favora- 
blement à ma supplicatinn. Tiuéi'is les maladies. Panse les bles- 
sures. Console les allligés. Chasse les démons. ll('pands lomour. 
Pardonne les fautes. Sanctifie les corps. Puiilie les esprits et les 
âmes. Fais cesser les guerres. Apaise les tempêtes. Kmpêche les 
persécutions. Ecoute favorablement, Seigneur, tous ceux qui celé- 



44 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•;• ^{.^iiD .aJ) ^^ .oA^J^oUd ^s> ^^Os^&J^o 
« ^oiA^o a«^ ]icï^ ^AC i^^û^ ^jftAso 600 

•> .Af^':^ ^▲liA'O AA^i-^ OinUSâ ^«4^01 9AA3 

.• 1^9*9 oia«»p |iO «A(n m^^kA, «.▲^9)0 

« IsOI P^^O )a^ >0^ ]o01 >c{i^ 0Lfi9 
% 1^9 tA^à^d î-^UAJ )]9 L^L^ al^] 

^ ^Atnali^ '^^? l-^^ l^U ic(7i jijà |.d610 



breront ma mémoire avec foi et recourront à moi dans leurs peines. 
Eatends ma faiblesse qui t'implore, ô (Dieu) miséricordieux. Ouvre 
les yeux des aveugles et accorde la lumière à leurs prunelles, car 
pour toi j'ai livré mon âme à l'immolation ; j'ai abandonné mes 
parents, ma famille tout entière, et j'ai marché à ta suite. » 

L'enfant persévérait depuis quelques instants dans cette prière, 
lorsque le tyran s'approcha avec cruauté et sans pitié. Il brandit le 
glaive, coupa les deux mains, et ensuite trancha la tête du jeune 
homme qui s'en alla dans le paradis ; puis il jeta le cadavre sacré 
dans la crevasse du rocher sur le bord de laquelle le saint se tenait 
en prière devant Dieu. 

Quel est le cœur qui ne serait point affligé d'une vive douleur ea 
voyant ce père cruel massacrer ses enfants ? prodige souveraine- 
ment admirable pour tout homme sensé, que dans une si tendre 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 45 



/ ]9a^^ Vl^ J^b^J, U)]0 UiAJk. vf^op 615 

).) % L^U^;^U> ^^93 il L^lAUJ&^U 9<nAJ il ^ 

• * 

« In^ —Le '^wâf; }Ia^s oi^a^ oi^aao 620 
% es) A:^9SkC 1c9i >cU |JD 93iAJ P ^6:25 



jeunesse il ait été immolé! On s'étonne de dire, mes amis, on tremble 
en entendant, combien ce père cruel était privé de toute aflTection. 
Que les cieux tressaillent, nue la terre frêmii^so en face d'un père 
tellement cruel et d'un tel manque de pitié pour ses enfants. 
Qui n'admirera le lutteur, le ptince de-î athlètes qui grandit, 
s'enrichit et posséda les ornements de la sninteté 1 Qu'il fut beau, 
vigilant et courageux ci)ntre le tyran') dont il humilia la iorce 
par la force qu'il avait reçue de Dieu ! Qui ne serait dans l'aduii- 
ration en vovant un enfant enira-jer le c«»nihat «*t censurer sans 
crainte le peuple pai>n ( Qui n** serait «i.ins 1 elonnemetit en le 
voyant jugé av(3c ini«iuiiê, tandis (ju»» lui, cnmnie une brebis 
devant le tondeur, se tennit ra!me et >i'entienx ? Qui ne l'admire- 
rait se tenant en tare »!•* s«»ii père f Le L'!aive s'avance et ne 



^ Uiiî) aoyMv. — r.Mnct >'iMiiploit», .iaiis l«» styl»* hililliiue. en par- 
lant Ju démon. ^JuliAlV. :>n . 



46 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•. «iJ^i^ ^i^a^ 0501 ^^A^Xa |jD ioiAJ P .ie 
« ^^Aa]) LLo? )A^^m; )^ ^J o}ii9 630 
f \sD'^ 1h^? Uak^-m9 })a^ ^r^® ^^«^ 

% ^£99^10 1^ If^r^ 1r^)l U^ Q ^^ 
« AAtéti^ li^^r) <4»AGL^ ^oud ^|JAa^o 

« ^OL*^^ i^É, 1^ ]Jal«É ^^1; ]ooi 1]^ ,A 

(Fol. 42a.) •• )9(n^ ^^Ti 0C9I || cûn^A^) ]j^9 oi^Daéis 

oiJ^] \.^ Uao ^^AJ i^aâ ^OL^ 



rémeut poiDt par son effroi. Qui n'admirerait la constance du 
courageux martyr, joyeux et serein en face des tourments et des 
supplices ? Qui ne serait dans l'admiration en voyant les Mages de 
la Perse réunis pour contempler l'aspect effrayant du sang répandu ? 
Ils sont coupés et jetés à terre ces rameaux chéris qui avaient été 
nourris dans le même sein et étaient déjà parvenus à la fleur de 
la jeunesse ! Qui ne pleurerait sur ces tendres agneaux persécutés 
et torturés cruellement par les Mages de la Perse ? Qui ne lais- 
serait couler de ses yeux des larmes abondantes et amères on voyant 
leurs corps jetés à terre, comme si c'étaient des bêtes ? Qui ne 
pleurerait avec gémissements ces frères chéris ? Qui n'inonderait 
ses paupières de larmes au milieu de ses soupirs ? Ces martyrs 
étaient enflammés de l'amour du Fils (de Dieu), ils ont engagé le 
combat sans crainte, ils ont vaincu et triomphé 1 Que toutes les 



LA. LÉGENDE DE MAR BASSUS 47 

•• • 

* oi£>ajà9 Uft^i^ IVsufi^ ^1^? Ir^^A Ir*^ 

n qiAéQ^ ^s0i |ifi !9lCLâ] jàl^ .AgiAOi 645 

•• ^siâilo; il^las .oj] .jà^U) ^^U ^^&1 
«> iokj^'^^ Vj^sa!^ )ooi ^09 COI Joa'. Ui-^c 

•. 0001 ^▲£a{^9 L1^£2a^9 QJlL) ^) 
♦ OiA£^9ad >0|.iD ^^ I9S.J9 Iï^Sn^. ^OIéSS 9|^ 650 

/ oiâ 0001 ^i.^1^^9 ]jLdA£9 o.^n ]Aa:i^ r^.olo . 

'> 010^ jooi Aa]9 ]jr>Aà1^c i^Q^^ ^ooi^ao 

% ]A^^£ )A:^£)J |Joi jSnSSo Uo? "^j^^lo 

•wN r^A^ jSn SSn L]ail«^,.â) olL )|^^o 

.• ^01 ^0019 )90l 0]^9 ^^OaoÎIû _a^010 655 



bouches se répandent en gémissements sur le meurtre (commis) par 
Abouzard, le cruel tyran qui massacra ses enfants ! Que tous les 
enfants de la sainte Eglise glorifient le Fils premier-né qui embrasa 
les martyrs de la ferveur de son amour ! 

L'insensé Abouzard s'en retourna à sa maison et entra dans le 
temple de ses idoies pour y sacrifier, et comme pour les apaiser par 
(roffrande du) meurtre de ses enfants. Et le Seigneur Cabaoth, 
celui qui couronna les martyrs bénis, pour la glorification des 
chrétiens qui s'étaient approchés, envoya sur ces (païens), de devant 
son trône, des charbons embrasés ; il consuma le temple des idoles, 
dans lequel ils ofrraient de Tencens, et tous les Mages qui étaient 
assemblés à l'intérieur. L'impie fut ainsi puni par un cruel châti- 
ment en ce monde, et l'enfer lui est réservé dans le monde futur. 
Les fidèles, ajant vu ce qui s'était passé, glorifièrent le Seigneur 



48 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



(Fol. 426.) Il % 1 JO|,4io^Û )AS099 IaÀ] OCOI aAlO 1|.Jft2^0 

♦ 1^9 ]o^mo )9(n^9 ^r*^^^ oioâjdo û^i1o660 
% Un] i.aL£^9o Ur^jiA9 qi;^«n^ alâii^o 

% l2^^iÉ )299U9o l^î-Ajoi Ua3 ^▲ojkr ^2'fldi\o 

N lAdo^û o^tf )9(JU9 .i^ottâ; wAc^ 0if^^a^o 665 

pour le prodige qu'il venait d'opérer en ce lieu. — Le berger qui 
avait caché Bassus à son père s'en alla à son village et fît connaître 
ce qui était arrivé. Aussitôt les habitants de ce lieu s'assemblèrent en 
foule et allèrent en grande pompe recueillir les corps des martyrs. 
Ils placèrent le corps du solitaire Longin, l'illustre vieillard 
couvert de triomphe et ayant revêt» Dieu*), avec celui de madame 
Suzanne, la brebis glorieuse, la courageuse martyre, sous le 
rocher dans lequel habitait ce religieux. Ils déposèrent le corps 
du martyr Bassus dans un lieu voisin du sommet le plus élevé 
de la montagne, et ils bâtirent là avec empressement une grande 
basilique qu'ils mirent a tout jamais sous le vocable du martyr 
Bassus. Quant aux mains du martyr choisi, ces hommes de Hidil 
les emportèrent dans leur région. Elles opèrent des miracles et 



») Proprement : théophore, — C*est PépiphiMo ordinaire des confesseurs. 



t. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 49 



/ 



•. jiffl^V^ jàl^ «.fi^alOâ )9<TLV9 Qk4^ ^^9 0001 

•• ]jp^0].û9 ^ 091 w69l ,^^1 ^Oi^i^O 
<• ^I^t^] 1^ ]9(3UQ^ i.m^OJ }L^O(3lldO 680 
% U^\9 CUkO i^^^ Aa1£09 wX9aAZâ f^OO^ 

(Fol. 43a.) Il <' ^9]^ i^n^ ^0(n.^ii^9 ]|!i^ Aû4ft]o 
001 }^^-^ ZnV^iQ9 i.^a^^â ^^r^^? ^tfofflâ f^oo^^ 



des prodiges merveilleux en faveur de quiconque recourt avec foi 
aa martyr Bassus. 

Le jour dans lequel les martyrs bénis ont été couronnés était le 
vendredi onze du mois de Yar') dans Tannée six cent quatre-vingt 
dix-neuf des Grecs, selon leur manière de compter depuis le com- 
mencement du règne du fils de Philippe. Le saint martyr Bassus 
était âgé de douze ans et trois mois, en chiffres ronds*). 

C'est pourquoi, mes frères, il convient de louer le martyr dans 
nos chants et nos cantiques. Disons donc : 

Gloire à toi, Bassus ! car tu as méprisé le monde et la gloire du 
temps, tu .'is aimé les tourments en échange desquels tu as hérité 
du paradis. 



») Le mois de Yar correspond à notre mois do mai. — C'est en effet au 
Il mai qu'on trouve notée dans les calendriers des églises syrienne^!, la 
Mémoire de Mar Bassus et de sainte Suzanne. Voyez Aï?seniani. Cafalofj, 
Bibl. Yaticatiae^ tome II. 

') \lASûoA |]9 )^oi^fjft£. Je ne vois pas quel autre sens on pourrait donner 

& ces mots qui signifient à la lettre : dans la sé7*ie sans addition. 



50 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



•m 

•> i^ci^^9 «il^^^OA \.â^ y'^r^ i^Ad^o 

% ^'pS .àJLz^ C001 a^kAik] )1; ^s^afiOâ ^^ûo^ 

/ Ia£9 '^r*^ Vâ.^4^) Pj ^cuL «é£.j.âa.^ 695 



Gloire à toi, Bassus ! car tu as renié le monde qui ressemble à 
un songe pour aimer le monde véritable qui ne périt point. 

Gloire à toi, Bassus ! car par toi les Mages de la Perse ont été 
humiliés ; tu as vaincu dans ton combat toutes les doctines de l'ido- 
latrie. 

Gloire à toi, Bassus ! car par toi le démon a été confondu et est 
devenu à jamais un objet de dérision pour toutes les générations. 

Gloire à toi, Bassus ! car les Mages de la Perse n*ont pu te 
vaincre partout où ils ont combattu contre toi. 

Gloire à toi, Bassus ! au moment où la couronne est placée sur 
ta tête parce que tu Tas inclinée devant ton Seigneur dans les 
prières. 

Gloire à toi, Bassus ! car les Mages de la Perse ne t'ont point 
ébranlé lorsque leur puissance tyrannique a engagé le combat avec 
ta jeunesse. 

Gloire à toi, Suzanne ! car ton chaste corps n*a pas été souillé 
par les passions de la chair et les désirs passagers. 



LA. LÉGENDE DE MAR BASSUS 51 



%^ IAaIî^ llf^ U^ HIaI^? 01^0^)^ ^700 
<& ]mo ^o^yO ^ad^9 >aia£o ^AâAâJ ^2Àû 



•• ^^OAZâ ^lAdO^ft]) AâO^ft \.^l^9 ^AO^ ^A^AO^ 

•:• UovoJ ^û.^p (niAl;^ ^A|.a29 11^ ^^j.o.kfi' 
*. ^dJoj.AAû? I^^A^jà )J90U9 ^ojk H^a^OG^ 705 

•* ^al^ ^jàjiS ô^^? Uaa99 ^^^^^ ^a^fia^ 
% «.^iA?]^ )<n f?L^|i^ >oaA9 ^s^oscA f^^o^ 

Gloire à toi, Suzanne ! car tu nas point été dépouillée de ta 
perle par Taspic rusé qui veille dans l'air. 

Gloire à toi, Suzanne ! car ton âme resplendissante n'a point été 
ternie par la souillure de ce monde plein de tristesses. 

Gloire à toi, Suzanne ! car tu as paré ton ànie comme une fleur 
aux jours du printemps, et ton parfum est agréable comme (celui 
de) la rose. 

Gloire à toi, Suzanne ! car, par amour pour ton frère Bassus, tu 
as souffert la mort pour jouir avec lui dans le paradis de lumière. 

Gloire à toi, Suzanne ! virile martyre ! car, dans ton enfance, 
tu as foulé aux pieds la tète de l'adversaire qui combattait contre 
toi. 

Gloire à toi, Suzanne ! de qui s'exhale le parfum de la myrrhe, 
car tu as conservé ta sainte virginité. 

Gloire à toi, Bassus ! car le jour de ta fête est maintenant et 
pour toujours célébré dans les églises et les monastères. 



52 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



.• Ua«^ h^^ ^^^ ^a^<i .^^iD b|^ OAO 715 

• •• 

% oi9ajk ^Lo î-i^ hcL^ IccnJ ^i^^ ovâ^^. 

> )]..^99 iM^âiA.0 ]JaiîiLo Vd oïl^ ^a^M^Jo 



Gloire à toi, Bassus! quand le Fils du roi apparaîtra dans sa gloire 
pour rendre la justice et donner à tous les saints leur récompense. 

Gloire à toi, Bassus ! au temps où tu reçois de Dieu pour récom- 
pense de tes labeurs, le royaume des cieux. 

En ce moment prie pour nous, martyr choisi, afin que par tes 
prières Notre-Seigneur nous juge dignes du pardon de nos fautes. 

Maintenant^ mes frères, venez. Approchons-nous et réfugions- 
nous près de lui. Implorons-le par nos prières et disons : 

Étends ta main droite et bénis !e monastère de ceux qui t'honorent, 
dans lequel repose la relique de ton corps sacré. 

Que la croix de ton Maître soit un mur en dehors de son mur : 
qu elle en éloigne les fléaux et les verges de colère ! 

Que la croix de ton Maître le protège et que tous ceux qui habi- 
tent dans ce monastère où repose le tabernacle de ton corps soient 
délivrés par elle ! 



LA LÉGENDE DE MÂR BÂSSUS 53 



(Fd. 44a.) Il ♦ ]^0'i^ U^ Ufla^ \^^^ ^ ^.l^o^ omz 
^ %-^?? L^oaA <n^9oU usoâJ; ^ ia^J 001 

% l-A^ïL^ Vs9 i9^1 ^r:^ ^aJ] >afiSÂ 

<> ^^9 00(910 ^QJÎ AaA9 1^90^ "^r^? 

.• ^é^9 ^r^ «-maifi^ Iaa) ^] >omr> 735 

« f^?0 ^t^ lAd^O^ .00919 fl^ &^d^9 



Qae la croix de ton Maître soit pour nous tous un compagnon 
fidèle qui nous conduise au paradis de lumière rempli de joie ! 

Que la croix de ton Maître, que tu as aimée dès ton enfance, 
nous rende dignes de courir à sa rencontre au jour où il 
apparaîtra ! 

Supplions-le et disons : Seigneur ! Seigneur ! Qu'avec toi nous 
nous rendions vers celui qui t'a envoyé*), si tu le permets. Quant 
aux défunts morts dans la foi, en espérant en toi, comble-les 
de joie dans Tégiise des premiers-nés qui est dans les cieux ; 
comble-les de joie dans l'Eden, séjour de tous les saints, car la 
sainte Eglise les a élevés et ils sont devenus tiens. Comble-les de 
joie, Seigneur, dans le lieu où ta volonté est connue, car ils ont 
reçu le gage véritable dt^ ton corps et de ton sang. Que nous et eux 
poussions avec confiance ce cri de joie : Béni le Christ qui par sa 



Litt. : vers ton envoyeur. 



54 LA LEGENDE DE MAR BASSUS 

« ^àJy^^r^g) i^9Qjo «.moî^o ^aolle ^é^ ^^740 

* V^^ ^ < ^A^l ^AÎÉ»! ^4^ 






grâce nous a fait entrer dans son royaume. Et là, d*une voix forte, 
nous ferons monter une nouvelle louange vers toi. Seigneur, vers 
ton Père et l'Esprit-Saînt, pendant toute leternité. Amen. Amen, ^v^ 

Fin du discours sur Mar Bassus, et sur Suzanne sa sœur, Mar Etienne, 
son maître, Mar Longin qui Ta baptisé, et qui furent mis à mort et couron- 
nés avec lai. Que leur prière soit avec nous. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



IL 



1Aa9 )r^; "^^ AO ^JA^? Um^ ^Ado) idjj^ wAoJ 
■ ■ ■ ■ I ■ 



•} ]&^i ]L3Uf^ ^^am ^Al^ft V^? U^Ado); 

* 

\]LJ9 id»o : ^09 ^9 ]ooi oila^o : ^r^^ ia^; U^l ^ 

oio ^o^^lo . jAl^yVo «!a^S UiO|^ AkL^ ^1)® ' wX9afllA 
)ooi )ooi9 001 i:D9 L^j^a^ A^ ^^ \ ^1^^*^ lAlca* s^^^^^ 



Éténement prodigieux concernant le grand et riche monastère 
qui fut bâti sous le vocable du martyr Mar Bassus au pays 
éPApaméCy dans le voisinage de la grande ville tEmèse. 

Mes bien-aimés : Longtemps après la mort du martyr Mar 
Bassus '), un moine appelé Raban David, du monastère de Mar 
Bassus situé près de Hidil, village de la région de Tour*abdin, 
voulut aller prier à Jérusalem, la ville sainte. A cause de sa grande 
foi dans le saint martyr Mar Bassus il prit avec lui une relique de 
ce saint. Il alla avec elle jusqu'à la ville d'Émèse. Il fut retenu 
longtemps dans cette ville d'Ëmè.se, à cause des troubles qui avaient 
lieu dans cette région en ces jours-là. Or, ce moine séjourna à 



1) Noie marginale : Environ quatre-vingt-dix ans. 




56 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



• • • a 

yâ^sC^ ^r^s^ • ^â^a^ jâ «.voji^d IIula) )ooi oCiO^) Ia9 

j^l • iA^âA 0001 ^▲aAa ^ ^mAl^f^û ^c ^M^o ♦ ciLsA^ 
: t!^ jJ^i; «^ La\ >0|.^ ^^9 o| s f.Aoi ^9 Ur^r^ U<a^9 a^ 
tlbb ^? : i!^]p ],Là^i ^fM^o : .aI^^jo) jaos' : Uj-a? a^ t-^) 

• ]2aiv)] Afiow l^U^ ]AââJo .• ov^ L^] ]AJLd |]o Ulâ )Jo 

• • • • 

Ij^oïo : A^ «.âtfo^^i )] i9naJo . UaVojdo )9|J >al^ l^jUg^o 

• • • > ' 



Émëse dans l'église sainte de Marie Mère de Dieu qui était située 
sur les possessions d'un puissant seigneur nommé Pierre, fils de 
Joseph, un homme pieux et craignant Dieu. 

Le seigneur Pierre usait d'une grande familiarité et s'entretenait 
constamment avec le moine qu'il accompagnait à sa demeure. Un 
jour qu'ils étaient assis à la maison, le seigneur dit au moine Raban 
David : « Maître, j'ai quelque chose à te dire. » Le moine lui 
répondit : « Parle, fais-moi connaître (ce que tu as à dire). » Le 
seigneur se mit à lui dire : « Sache, ô maître, que moi, ton 
disciple, j'ai pris femme selon la loi du monde. Or, ses yeux sont 
très affaiblis et la font souffrir continuellement. De plus elle est sté- 
rile et n'a ni fils ni fille. J'ai dépensé beaucoup en médecins et ils ne 
l'ont soulagée en rien. Ensuite je l'ai conduite aux saints et aux 
martyrs, aux églises et aux monastères en faisant des vœux et des 
offrandes, et la vue ne lui a point été rendue. Et maintenant, je 
t'en prie, vois s'il y a quelque chose qui puisse la soulager. Conseille- 



LA LÉGENDE DE MAR BASSU? 57 

AaI^ Ifi] ^) )(no : (nA^Éi^^ ^ ^.a^ ^^^7 "^^^^-^^ ^ ^i^ 
; o^ oi^ ^r^ ^^01 Uî-A? ^ Vi à> 1^0 <• ^A^9 lâU f^ 

i ^^s^^o \^2o . Uh^Q^ ..M^LJ^JL U<n lll) ^ Ll\ j^9 
>u li^ilieo : >a^l ^^^J, ^^ ^S^ ^^^ ^"^^^^ ^ ^® 

m m 

U^^9 lAOiA^Q Uoâtfa^;;^ UAj] '^ ^o u ^2)o 
• «à9oiJo qiÉilA^ ^^«èAd^l ^n jA^^â 01^0 . I^^^jd) <nJ^ 



moi ce que je dois lui faire, car je suis très tourraenté à son sujet. 
Comme à un père, je t'ai révélé la douleur qui est dans mon cœur.»» 
Quand le moine entendit ce récit, il en éprouva de la peine et <lit à 
Pierre : « Dieu t'accordera la tranquillité dans un temps rapproché. 
Sî seulement tu veux me garder un secret, tu en retireras à Tinstant 
du profit, de la joie, et du plaisir ». Le seigneur jura : « Je ne ferai 
jamais rien contre ta volonté ». Le moine se leva immédiatement et 
plaça des aromates sur le feu. Il ouvrit ensuite le reliquaire de Mar 
Bassus qu'il avait avec lui et en tira la relique du saint. Aussitôt 
il s'en exhala un parfum suave et très agréable. Ils appelèrent alors 
la femme (de Pierre). Elle vint, et lorsqu'elle vit le reliquaire et la 
relique du saint elle tomba à terre. Elle poussait des cris en disant : 
(c Des rayons de lumière sont sortis de cette châsse et ont obscurci 
mes yeux et je suis tombée la face contre terre ». — Le seigneur 
Pierre, son mari, s'empressa de la relever et de la faire approcher. 
Elle vénéra la relique du saint, et à l'instant même ses yeux 



58 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



]9<n9 ousl^ «.aâJo % <.£?a£2A ^î-Lo ^ao ]A^i 1^0|i«É o^g^ 

• • • 

oo(n ^^i^o *" ^9(jl1^9 KvÏ^ "^^ ^«▲âo ^VnJ; i^^AJl 

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i^ : fjD? oiAl^ ^Itf Ion ^{^A^o ]o<si )^|o : iJn9aA o) 
^o ),.M 1^ oiAaQ^ io(n \ilo • )ooi {ifi^lA^ oiAXà» 



s'ouvrirent et recouvrèrent la vue. Elle fut désormais comme si 
elle n'avait jamais connu la douleur ni la maladie. Elle retrouva la 
santé et fut guérie, et elle rendit grâces à Dieu qui lui avait accordé 
santé et guérison. 

Quand les habitants de la ville d'Émèse apprirent le grand prodige 
qui venait d'être accompli , ils se réjouirent vivement à cause de saint 
Mar Bassus. Le bruit de la guérison miraculeuse qui venait d'être 
opérée se répandit dans toute la ville et dans toute la contrée. Des 
groupes nombreux venaient regarder les yeux de cette femme qui 
avaient recouvré la vue et demeuraient comme des lumières bril- 
lantes Ils s'approchaient, vénéraient les reliques de saint Mar 
Bassus et glorifiaient Dieu. Dieu visita sur les prières de saint 
Bassus tous les malades, les affligés et les infirmes, et quiconque 
s'approchait de la relique de ce saint retrouvait la guérison et la 
santé. Quiconque ayant une douleur ou une maladie s'approchait 
et vénérait la relique du saint était aussitôt guéri et s'en allait à 
sa maison content, joyeux et louant Dieu. 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 59 

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Quand le trouble qui avait eu lieu en cette région eut cessé, que 
le pays fut pacifié et la tranquillité rétablie, le moment de partir 
pour Jérusalem arriva. Le moine Raban David se disposa à prendre 
la route de Jérusalem afin d'aller prier aux Lieux-Saints. Alors le 
seigneur Pierre, son ami, vint le trouver et lui dit : « Je t*en prie, 
Maître, si jai trouvé grâce à tes yeux, laisse-moi la relique de 
saint Mar Bassus, dans Téglise de Marie, Mère de Dieu, jusqu'à ce 
que tu reviennes en paix de Jérusalem. Et le seigneur fît cette pro- 
messe devant Dieu et devant le moine : « Si, (dit-il,) par les prières 
de Mar Bassus, Dieu me donne un fils, je ferai cet enfant cohéritier 
avec Mar Bassus. Je donnerai la moitié de tout ce que je possède 
au saint et je hàtiî'ai sous son nom un grand monastère avec Théri- 
tage que je partagerai entre lui et le fils qui me sera né. » Oi', il 
avait une grande fortune et tous les biens en abondance. Par la 
volonté de Dieu le moine crut à sa promesse et lui laissa la relique 
du saint dans Téglise de Marie Mère de Dieu. 



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60 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 

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Le moine se mit en route et alla à Jérusalem. Il pria aux Lieux- 
Saints et de là se rendit au désert d'Egypte où il reçut la bénédic- 
tion des saints religieux qui y habitaient. Il retourna ensuite à 
Jérusalem où il demeura un an et trois mois. Puis il repartit de 
Jérusalem et vint à la ville d'Emèse. Il se rendit à l'église de la 
Mère de Dieu et à la maison du seigneur Pierre, son ami. Or, il 
trouva qu'il lui était né, d'une seule couche, deux jumeaux, un fils 
et une fille. Le moine les baptisa, donna au garçon le nom de Bassus 
et à la fille celui de Suzanne, d'après les noms des saints martyrs 
eux-mêmes, et il se réjouit dans une vive allégresse. 

Après cela le seigneur Pierre se mit activement à bâtir un grand 
et insigne monastère, qu'il orna et décora splendidement, et dota 
de villages pour son usage et son besoin. 

Ce monastère de Mar Bassus situé dans la province d'Émèse 
prospéra proraptement. Le premier supérieur du couvent fut Mar 
David de Tour'abdin, celui-là même qui avait apporté la relique 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 61 



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do saint. Il y mourut. En peu de temps ce monastère devint célè- 
bre et sa renommée se répandit en beaucoup de régions. Les frères 
y affluaient, au point qu'il y eut environ six mille trois cents 
religieux. Il acquit de la réputation dans toute la Syrie et même 
dans les pays les plus éloignés. On y venait de tous les lieux pour 
y vivre sous la discipline, ainsi que l'attestent les lettres que Mar 
Sévère, patriarche d'Antioche, écrivit et envoya à ce monastère : 
« aux moines parfaits, aux docteurs éprouvés, aux solitaires, aux 
ascètes, aux naziréens qui se trouvaient dans ce couvent du grand 
parmi les saints, Mar Bassus. » Il leur adressa les éloges qu'ils 
méritaient. 

Nous supplions le Christ afin que, par Tintercession de la Vierge 

sainte, Marie Mère de Dieu, des pères et des docteurs, des prophètes, 

des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des abstinents et des 

jeûneurs, des ascètes, des parfaits, des persécutés, et de ceux 

qui ont été mis à mort à cause de son saint nom, notamment 



62 LA LÉGENDE DE MAR BASSU8 



^i^ Uoil U^SDj ws)o . oiAd* ^o^ ^^i^90 . Ua^ )9(n.fi9 
^AîLfio nÀ^^j^o oi^g^o âfi^MQ^^â fliV^^ArO en lé A ^<su^ 
. )Ad9afio ]AâL^â iJ(n i.Sn^Sg ^Aj.a2A^ |aiX ^001^ \AJ 
)9a^l V^c Uc^ \.^o . 1 Vtii? ]9^) ^^ csiJUAa!^ \.^o 



de l'illustre martyr Mar Bassus, de sainte Suzanne sa sœur, et 
aussi du glorieux vieillard Longin son maître qui le baptisa et de 
Mar Etienne son maître et son directeur, et de tous ceux qui ont 
marché après eux dans la voie du martyre, le Christ notre Dieu 
fasse régner la paix et la tranquillité dans son peuple, dans 
son église, dans son troupeau et dans les quatre parties du monde. 

Quant à ceux qui y contribueront par des ex-voto, des dîmes, 
des présents, des prémices offerts au nom de saint Mar Bassus, que 
Dieu les fasse marcher en ce monde dans les biens et les bénédictions, 
et, dans le monde futur, qu'il les fasse héritiers de son paradis et 
de son royaume. Qu'il soit pour eux le bon rémunérateur qui, pour 
un, donne trente, soixante, cent^). 

Que Dieu répande ses miséricordes sur l'écrivain de cette histoire, 
sur celui qui Ta apportée du pays d'Émèse, sur les lecteurs, les 



*) Il faut sans nul doute interpréter ainsi le groupe de lettres 

C'est une allusion à la parabole de l'Evangile (Math. XI II, 8) : «« dfXXa de 

(ïntae) ïni tyiv xaXy)v jtai iSi$ov xapTTOv, lÂtv exarov, de e^rîxovTa, Ô Se 

TpiaxovTa, » — Cette formule paraît avoir été assez en faveur, à une cer- 
taine époque, chez les scribes syriens. On la retrouve dans plusieurs 
manuscrits, par exemple, dans la note tinale du cod. CXCVIII de la Bibl. 
Vaticane. (V. Assemani, Catalog. Bibl. Vatic., tome 111). 







LA LÉGENDB DE MAR BASSUS 63 



ak^t-^9 à^La^ U'^'^ "^^^^o Uj;^}.^ \^o U^olo^ \.:^o 



^0W9&â «akâ^^J i(A!^9 a^Éi9 \p^i^ ^0^91^ ^AiLd \.^0 

^{^9 (n3i^09 |.cî^o ^.^11^9 ^ViSno : ^aIa) . ,^éViSsS . jSn'NS 

^OfiLS >A|^9 l^yi^ak^Z \ 



►fll^^loS ^*r^ oi^iAJ |i^t l'^r^le 



prédicateurs, les auditeurs, les psalmistes, les suppliants, qui sont 
dans les trois monastères de Mar Bassus - celui du lieu où il fut 
couronné du martyre sur le sommet de la montagne, celui qui 
est près de Hidil, et le grand monastère des environs d'Émèse*) — 
et sur tous les vrais fidèles, pour toujours, en Tun et l'autre monde. 
Amen. 

Que Dieu accorde à quiconque honore spécialement et célèbre 
avec confiance la mémoire de Mar Bassus, la rémission de ses fautes 
et de ses péchés : à lui et à ses défunts, maintenant et toujours, 
dans les siècles des siècles. Amen. 

Fin de l'histoire de Mar Bassus. 



») Note marginale : Il y en avait un autre près de la grotte de 
Mar Longin« 



LA LEGENDE DE MAR BASSUS 



III 



4 ^s&o.j2Qâ ^î^tf V^ Ur^\ l^r^ «.Ao^ 

)lû^(n ^^ 1^90 \lio : lia^ (ïi^9 Ul^ l:^jJ \l|j? 

io(n ^o^nA^lc : U^^^ )9(n.£? ^^ws2) ws] \.^^^] 91^9 ]AdO|^ 
Ia^9 0(n\^o <' ^r"^^ ^^ •Oi^^MO ^a^â.fir9 If^a^o )LiaOI 

fTLMLso <n^ajk,o ^9^9 )|XJ ^L^oâ >a^i:^o ^r^^ : 1L£2ajD9 



Autre fait au sujet de Mar Bassus. 

Mes frères bien-airaés : Écoutez, je vous raconterai un prodige 
que Dieu a opéré dans notre temps moderne. 

Un soir, Tan rail cinq cent quatre-vingt-dix-sept des Grecs, le 
huitième jour du mois dlloul (S septembre 12S6) un païen maudit 
appelé Hasan'), un des habitants du village de Pir, partit pour aller 
faire paître son troupeau sur la montagne. Il alla le faire paître 
auprès de la grande et célèbre basilique de Mar Bassus, qui 
était bâtie sur le sommet de la moi»tagne dans le lieu même où 
rillustre martvr fut mis à mort et couronné. L'église et le monas- 
tère étaient vides et dévastés depuis bmgtemps. Le pâtre entra 
par la porte du sanctuaire ; il regarda et vit dans lautel, par une 
ouverture, une châsse de bois enveloppée et placée dans de pré- 
cieuses étoffes tissées ; il la prit, l'ouvrit, et y trouva des ossements, 



M ,\\v'* 1 iiom irùs commun chez les Musulmans. 



66 LA LÉGENDE DE MAR BASSUS 



{L:9 Ul^l 0*01 \J^ U9I} l^r^ IaIûkA. ^ l9<naJ9 ha::^^ 
AaI? .oJen ]^2.^9 oo(n oi^^^^lc : tv^a,fl7al^^ ois |o(n 
osL^ ^ena^l^o )Aa9 1^9a^9^ o|^o a^])o : ^^^ 0001 
. Un U^^i^ f^ ^'«l \f^? '• l^^i-o r^-s ^^? ^M l<*^9 

: )9cnaJ ^o].^^^ ^!i>c oi^ qjs^A^!:^ o(n Ui^^) ^'o^ .asf^AJ? 
^001 )'9'n^A Ul Llao^a^^ ^^ 0091 ^ââJ9 LfLi^l QMaa.^^c 
1^. . ^Soo : L!^9^^ ^0(n.Aâ^^ 00 ai ^l^âJo ^ooi^Xa^ 
1AAa^. Ir^r*^ ^<na^Ao1o : o(n jv^ow^^V V )2al^9 ^(nal^^ 



restes des saints martyrs Mar Bassus et ses compagnons. Le pâtre 
prit le reliquaire et retourna à son troupeau qu'il fit paître jus- 
qu'au soir. Le soir (venu), il suspendit la châsse dans un arbre. 
Or, Dieu opéra un grand et ineffable prodige. Au milieu de la nuit 
apparut subitement une colonne de lumière (qui allait) depuis 
les cieux jusqu'à la terre au dessus de l'arbre sur lequel il avait 
placé le reliquaire. Les pâtres qui se trouvaient là s'étant 
éveillés s'avancèrent et virent ce grand prodige. Alors ils interro- 
gèrent le pâtre Hasan, du village de Pir : a Qu as-tu donc dans 
cet arbre ?» Il leur répondit : « Une châsse de bois dans 
laquelle il y a des ossements. Je l'ai trouvée dans ce monastère 
en. ruines bâti sur le sommet de la montagne. » Ils voulurent alors 
s'avancer vers l'arbre, (mais ils ne purent) en approcher à cause de 
l'ardeur de la lumière et de la force des rayons qui sortaient de la 
châsse. Leurs yeux furent obscurcis et ils tombèrent la face contre 
terre. Le matin, les pâtres prirent la châsse et la transportèrent 
au monastère intérieur de Mar Bassus situé près du village de 
Hidil. Ils la donnèrent aux religieux qui y habitent et ils leur 



LA LÉGENDE DE MAR BASSUS (V 



^^ aOf^L*:Ji!^ ^^^ l^ld o^ic : ^,u^^ 9a^? \i^] n^aA ])ai 

)iu* 1^ (TiA^A^ ]c(n \iic : UlWaSgjfcC \^o,^:û\ Iooi U^ (nA:;^^f.â 
^(n^o ^^^l^c ^^ jsA^J la.^A»c il^jft^ ^1^0 



firent le récit de la colonne de lumière qu'ils avaient vue et du pro- 
dige qui avait été opéré. La nouvelle de ce miracle se répandit dans 
toute la ré«ii(»n de Tour'abdin et de nombreuses caravanes vinrent 
pour vénérer le^ »-eliques de Mar Bassus et de ses comp.'iLajons, 
qui avaient été découvertes r-écemnient. Quiconque, ayant une 
douleur ou une maladie^ s'approchait et recevait la bénédiction 
des reliques des saints Mar Bassus et ses compagnons, retrouvait 
aussitôt la guérison et la santé et s'en retoui'nait Joyeux î\ sa maison 
en louant et glorifiant le l)i(ui vivant, et en célébrant et honorant 
la sainteté de Mar Bassus et de ses (compagnons. 

Et nous, faibles et pécheurs, puissions-nous obtenir, nous, nos 
défunts et tous les fidèles tr^ipassés, h' pardon de nos fautes et (h* nos 
péchés ; faisons montei* honneur ('t. louantre vci's Dieu qui fait triom- 
pher et couroniK^ l(»s martyrs. Que ses miséricordes et sa grâce 
reposent sur nous maint^mant et toujoui's <lans les siècles des siècles. 
Amen. Amen. Amen. 

Fin (du riîcit) do coîj prodi^i.'s «M. du dis^cours sur saint Mar I<a>>u.s. 



* 



J ai dit dans mon lulroduction {p, VI) qice le msc, 276 de la 
Bibliothèque Nationale était le seul qui, à ma connaissance, 
renfermât les textes de cet opuscule. Je viens dapprendre de 
Mgr Rahmani, archevêque Syrien de Bagdad, quun des ma- 
nuscrits de sa précieuse collection les contenait également, ainsi 
que la Vie d'Isaac de Ninive, jusqu'à présent inconnue. Grâce à 
la bienveillante générosité de ce prélat, je publierai prochaine- 
ment ce dernier document. 

Je suis heureux de pouvoir annoncer en même temps, que 
Mgr Rahmani s'est enfin décidé à livrer à la publicité le texte 
syriaque — accompagné dune traduction latine — de la célèbre 
Chronique Michel le Grand dont il a eu la bonne fortune de 
retrouver une copie en Orient, il y a déjà quelques années. 
Il espère que l'impression' du premier volume, contenant en- 
viron le tiers de l'ouvrage, sera achevée dans le courant de 
l'année 1894. 



Jérusalem, 2ô mai 4893, 



\)\ J.-B. Ch. 



LISTE ALPHABÉTIQUE DES 

NOMS PROPRES MENTIONNÉS DANS CET OUVRAGE, 



ïl, Aba (Mar), martyr, pages xii, xiv. 

?ilasl, Abouzard, officier de Sapor, p. xii, xiv, 8, 9, 10, 23, 

24, 25, 26, 27, 33, 34, 36, 38, 39, 41, 47. 
^?1, Adam, p. 2. 

«.^sjU^a^), Agoitsqànous, mère de Mar Saba, p. xii, xv. 
?i^}o9|^»oi), Adoufarouzgerd (Mar Gaboula), p. xii, xv. 
t ^. Vi É ^ ot, A pâmée (de Syrie), p. 55. 

v^rjol, Jérusalem, p. 55, 59, 60. 

»1, Isaï (père du roi David), p. 13. 
UsQ^É^j), Antioche, p. v, 61. 
joaia^ju»), Etienne (Mar), martyr persan, p, 1, 11, 14, 20, 25, 

26, 31, 32, 33, 53, 62. 
tjaatfl, Aspes, village du Tour 'abdin, p. 16. 

r^l'l, voyez <3Vl JLL^ 



', Behiam (Mar), martyr, p. xii, xiv. 

>oJ(5vc, Behnam (monastère de Mar), p. vu. 

^1^^, Batna-I^aroiig (ville de), p. I. 

^ï^l iL.^, 5g//i ZaMé (viile et région de), p. 6, 9, 10, 24. 

> ^N-^ i^a, Ae/rt^ (ville de), p. 24. 

Ufi-^ û-.^, ^e/A 'arabàyé (région de), p. 9, 24. 

^1»! ^irï, ^4r<3:(:^mme (habitants de T), ^a 11. 

, Bassiis (Mar), martyr, p. vi, viii, xii, xiii. 1, 5, 10, 
11, 15, 22, 24, 27, 28, 33, 39, 40, 42, 48, 49, 50, 
51, 52, 53, 55, 57, 58, 59, 62, ()3, 65, 66, 67. 

Lc, Bassus (monastères de Mar), — à Apaniée, p, v, 55, 60, 
61, 63; — à Hidil, p. 55, 03, 65 ; — sur le Tour 
'abdin, p. 63, 66. 
Lc, Bassus, fils (le Pierre, seigneur (rApamée, p. fK). 
U-iuîLXir), Bastme. mère de Mar Aba, p. xii, xiv. 
, BassHS, lo même que>-»axi£^ martyr, p, 9. 



70 LISTE DES NOMS PROPRES 



Pa^, Gaboula (Mar), martyr, jo. xii, xiv-. 

)2^a.^, Golgotha.p, 1, 2, 22. 

pou*^, Géhenne (vallée de), dans le Tour 'abdin, p. 1, 16. 

r-»©?, David (le roi), p. 1, 5. 

j,..©? (,-s?), David, moine du Tour abdin et abbë de Mar Bassus 

à A pâmée, p, 55, 56, 59, 60. 
^.^x?, Tigre (fleuve du),^. 6. 

vé-j^l, voyez vé'r^l ^-^ 

^-ôflLi^l, Zamasaf, frère de Sapor, jo. xii, xv, 10. 



!-•*, //icfz7, village du Tour abdin, p, 16, 40, 55, 66. 
ç'^-., Emèse, p, 55, 56, 60 62, 63. 

, Hasan, berger du Tour 'abdin, p. 65, 66. 



^-•^i^ 9Q-i, Tour 'abdin (région de), p. 39, 40, 55, 60. 

?ooL-, Judée, jD, 29. 
I-»?=L-, Juifs, p. 5, 36. 
^a»a-, Joseph. d'Enièse, p, 56. 

^aaa... Joseph, moine et diacre de Mar Benhatr), p. vu, x. 
^aûii^, Jacques de Saroug, ^. v, x, xi, 1. 
xaji.-, Jésus Christ, p. 8, 27, 28, 43. 



..^J::^, voyez w.^^ i^c 

l-iA^al:^, I:,ongin, prêtre et martyr, jo. 1, 17, 20. 21, 33, 38, 

48, 53, 62. 
ta-É^a^, Longin (monastère de Mar), p. 63. 
v-ttojC^, Lœlus, abbé de Mar Behnam, p. x. 

^9^, Egypte (désert d'), p, 60. 



LISTE DES NOMS PROrRES 71 



►r^o, Marie (la Vierge), j9. 12, 21, 27, 61. 
^a^^, Marie (église de sainte) à Emèse, p, 56, 59, 60. 
fcusLA. t-»''*^, Mehir Sapor, officier persan, p, xii, xiv. 
UiopAi^, Macédoniens (les), p. 1. 



, Nisibe, p, 9. 



li-ioV», Sévère, patriarche d'Antioche, j9. v, 61. 
]i]jo^ Sara, martyre, p. xii, xiv. 
Ui», Saba (Mar), martyr, p. xii, xv. 
n»i iiiTft, Sennachérib, officier persan, p. 1. 
-^ojjB, Saroug (ville de), jd, 1 . 
11-190», Syrie, p. 61. 



voyez ^r^^ '^.4 
•ji, voyez i"*^»^ ^--^^ 



UJo|.£iâ, Fébro7iie (sainte), martyre, p. 84. 
*-»oi-M, Pierre, seigneur d'Emèse, p. 56, 57, 59, ()0. 
^»a£Al.ik^^ Philippe le Macédonien, j9, 49. 
i-*^, Ar, village du Tour abdin, jo. 65, 66. 

r-^, Pii'rin, cliàt^^au fort dn Beth Zabdë, p. 10, 24. 
p, Ph'Qousnasp, martyr, p. xii, xv. 

-«r^, Perse (royaume de), p. 0, 7, 8, 9, 23, 25, 28, 29, M, 

46, 50. 
UJ^r^. Perses (les), jo. 7, 11, 21, 28, 33. 

Uc-fiU, Qâqouna, village du Tour 'abdin, p. 30. 
UiooV, Romains (empire d(-'s), p, 9. 



-, Sapor II, roi de Perse, p. 7, S, 10, 24 
MU o-^snoA, Simon Pie7'?*e (Tapôtre), /y. 11. 



72 LISTE DES NOMS PROPRES 



, Suzanne, martyre, p. xii, xiii, xiv, 1, 22, 25, 48, 49, 
50, 51, 53, 62. 

, Suzanne, fille de Pierre, p, 60. 
\h,iAQ,A,^Chouchanetaj la même que ^o^, martyre, jo. II. 
«JL-H-*^» Chiriney mère de Mar Behiiam, p. xii, xiv. 



U*^, Thécle (sainte), martyre, j3. 34. 



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FEB 3 19Ty 



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